En pratique

Sclérose en plaques et alimentation: données récentes du congrès AAN

Véronique Duqueroy

Auteurs et déclarations

24 mai 2017

Dans cet article

La vitamine D

Les patients obèses présentent, par ailleurs, des taux souvent faibles en vitamine D. Or, plusieurs études observationnelles ont montré que la carence en vitamine D était associée à une augmentation du risque SEP [11], du taux de poussées [12], de lésions à l'IRM [13], et d'une invalidité plus précoce et plus sévère [14]. Il existe une relation inverse entre la progression de la maladie et des taux sériques élevés en vitamine D. [15]

À ce jour, aucune relation causale n'a été mise en évidence, mais les propriétés immunorégulatrices et anti-inflammatoires [16], voire neuroprotectives et remyélisantes [17] de la vitamine D laissent entrevoir un effet potentiellement bénéfique d'une supplémentation. Plusieurs études sont d'ailleurs en cours : EVIDIMS en Allemagne, VIDAMS aux États-Unis, SOLAR aux Pays-Bas et CHOLINE en France. Ces 2 dernières ont fait l'objet de présentations orales à l'AAN 2017 :

  • SOLAR est un essai prospectif randomisé en double aveugle comparant la supplémentation en vitamine D3 versus placebo chez des patients SEP traités par interféron. Les résultats à 2 ans [18] ne montraient pas de différence significative entre les deux groupes sur l'activité de la maladie, qui était le critère primaire (selon le NEDA ou no evidence of disease activity, une mesure composite comprenant les poussées, la progression du handicap, et l'activité à l'IRM). Cependant, les paramètres IRM (lésions en T2 et lésions prenant le gadolinium), qui composaient le critère secondaire, étaient significativement plus faibles (-32%, p=0,005) dans le groupe vitamine D. Ce résultat laisserait supposer, selon les auteurs, que la supplémentation pourrait être plus efficace à un stade plus précoce de la maladie, lorsque l'activité inflammatoire est probablement plus intense.

  • CHOLINE était quant à lui présenté par l'équipe du Pr William Camu, du CHU de Montpellier. Comme SOLAR, l'essai était randomisé en double aveugle contre placebo en complément d'un traitement par interféron. Les résultats à 2 ans étaient plutôt contrastés [19]. Ils confirmaient l'effet bénéfique de la supplémentation en vitamine D sur les paramètres IRM à 2 ans (lésions en T2 et prise de gadolinium – critères secondaires), mais le taux de poussées à 2 ans (le critère primaire) était, de façon non significative, un peu plus élevé dans le groupe vitamine D en intention de traiter, suggérant un manque de puissance de l'étude.

Les deux essais confirmaient, par ailleurs, l'innocuité de la supplémentation en vitamine D chez les patients SEP.

Faut-il prescrire des compléments de vitamine D aux patients avec une SEP ?

« Ces 2 études [SOLAR et CHOLINE], mêmes négatives, sont très convaincantes sur les critères secondaires. Personnellement, je supplémente déjà mes patients depuis longtemps, » a indiqué le Pr Gilles Defer, neurologue au CHU de Caen, à Medscape.

Pour le Pr Bruno Brochet, neurologue au CHU de Bordeaux « les patients qui nous arrivent prennent déjà des compléments de vitamine D, prescrits, pour la plupart, par leur généraliste. » Mais selon le Pr Defer, « ce n'est pas le cas dans toutes les régions. Dans mon expérience, les médecins généralistes la prescrivent quelques temps, puis oublient... Or, la supplémentation doit être régulière, car dès qu'on l'arrête, le déficit se réinstalle très vite ».

« Même s'il n'y a pas de certitude dogmatique », le Pr Pierre Clavelou, neurologue au CHU de Clermont-Ferrand, recommande « la prise trimestrielle d'une ampoule orale de vitamine D puisque ceci n'a aucune contre-indication (hormis dans de rares pathologies rénales). Les interventions de supplémentation dans des essais sont certes restées sans intérêt positif, mais les données épidémiologiques sont en faveur [d'une supplémentation]. »

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE

Traitement....