Au Canada, des recommandations pour déprescrire les IPP

Vincent Bargoin, avec Nicola M. Parry

Auteurs et déclarations

29 mai 2017

Les IPP distribués à tort et à travers

En elles-mêmes, ces recommandations n’ont rien de révolutionnaires, et visent surtout à rappeler ce qui devrait être fait, et l’est malheureusement rarement. 

Aujourd’hui, les IPP sont mis en cause dans une surmortalité hospitalière par infections, à C. difficile, mais aussi dans les AVC, les démences, dans l’infarctus du myocarde, l’ostéoporose, et les  fractures de hanche.

A quoi s’ajoutent, des effets indirects. « Lorsque les IPP sont prescrits de manière inappropriée ou utilisés trop longtemps, ils contribuent à la polymédication, au risque d’inobservance et de réaction indésirable, aux erreurs de prise, aux interactions médicamenteuses, aux visites aux urgences et aux hospitalisations », notent les auteurs.

S’agissant des interactions médicamenteuses, notamment, des interactions avec le clopidogrel, via le cytochrome P450, ont été longtemps suspectées, même si elle s’est révélée quasi-impossible à prouver cliniquement. En fait, la question n’a été abandonnée que lorsque le clopidogrel a trouvé des successeurs.

Face à de nombreux inconvénients des IPP, la surprescription de cette classe est évidente. Les auteurs canadiens évoquent des chiffres allant de 40 à 65% de prescription à l’hôpital, dont une grosse part, non précisée, de prescriptions inappropriées.  

En France, il est difficile d’évaluer une situation globale, mais des chiffres locaux sont impressionnants. Dans une enquête menée en 2009 par le CHRU de Montpellier dans ses principaux services, 82% des prescriptions hospitalières étaient hors AMM.

Dans une autre enquête , conduite par l’hôpital de Martigues dans 11 services, sur 340 prescriptions, on retrouve 16% d’indications validées par l’AMM, 43% de prescriptions faisant l’objet d’un consensus (prévention de l’ulcère de stress en réanimation, gastropathie urémique), 6% d’indications non validées, et 35% de prescriptions pour motif inconnu.

« Un nombre important de prescriptions d’IPP sont faites dans des situations cliniques hors AMM. En l’état actuel des connaissances, ces prescriptions sont injustifiées, notamment dans la dyspepsie fonctionnelle (sauf si un RGO est associé), et en prévention des lésions gastroduodénales dues aux AINS utilisés dans le cadre d’affections aiguës chez des patients non à risque (moins de 65 ans, sans antécédent ulcéreux et n’étant traités ni par antiagrégant plaquettaire, ni par anticoagulant, ni par corticoïde) », rappelait la HAS en 2009 dans ses recommandations sur le bon usage des IPP.

Le Dr Barbara Farrell déclare des financements de diverses institutions de santé de l’Ontario et du Canada.

Le Dr Paul Moayyedi déclare des financements d’Astra-Zeneca.

Les autres auteurs ne déclarent aucun lien d’intérêt en rapport avec le sujet. 

 

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