Dynamique des marqueurs cardiaques des marathoniens amateurs

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

11 mai 2017

Paris, France — Les marathoniens amateurs présentent des taux élevés de certains marqueurs cardiaques avant la course, puis, lors de celle-ci, des pics plus ou moins prolongés. Ce résultat a été présenté par le Dr Emma R. Roca (Université de Catalogne, Barcelone) lors du congrès Heart Failure 2017 de l’ESC [1].

Il soulève une question d’interprétation : les élévations observées sont-elles des signes d’une adaptation cardiaque à l’effort, c’est-à-dire de mécanismes protecteurs, ou au contraire, d’une souffrance cardiaque ?

Les études des marqueurs cardiaques chez des sujets sains, sportifs qui plus est, étant évidemment plus rares que chez des patients, on n’a pas les données pour trancher entre ces deux interprétations. L’étude espagnole a l’avantage de poser la question. Mais menée sur seulement 79 coureurs, elle ne permet pas davantage de conclure.

Un résultat mérite cependant réflexion : l’élévation de la troponine et du ST2 en cours d’épreuve semble plus importante chez un coureur moyen que chez un coureur mieux entrainé.

BNP, troponine et ST2 avant et après un marathon

L’étude a donc été menée chez 79 coureurs amateurs, participants au marathon de Barcelone en 2016. Dans l’effectif, on compte 72% d’hommes, 71% de sujets de 35 ans (âge d’inclusion minimum), la moyenne d’âge étant de 39 ans.

Ces coureurs participaient à des marathons depuis 7 ans en moyenne, et s’entrainaient environ 6 heures par semaine. Le temps moyen réalisé lors de l’épreuve était de 3h 32 min et 44 sec – performance que le Dr Roca (elle-même coureuse de marathon) qualifie de « bonne, sans faire partie des meilleures ».

Des prélèvements sanguins ont été effectués 24-48h avant l’épreuve, dans les heures qui suivaient l’arrivée, et 48 h plus tard. Ont été dosés le BNP (NT-proBNP), la troponine T (hs-TnT), et le ST2, un récepteur de l’interleukine-33, dont la forme circulante augmente dans l’infarctus du myocarde et l’insuffisance cardiaque, et que l’on considère comme un marqueur du remodelage et de la fibrose cardiaque.

Les résultats sont les suivants.

Marqueurs avant, après la course et 48 h plus tard

 

Avant la course

Après la course

(p vs avant la course)

48h plus tard

(p vs avant la course)

NTproBNP (ng/dL)

70

92 (<0,001)

70 (0,29)

ST2 (ng/mL)

34,2

54,2 (<0,001)

33,7 (0,53)

Hs-TnT (ng/L)

2,85

46,9 (<0,001)

4,65 (<0,001)

Proportions de coureurs dépassant les limites supérieures de la normale (%)

 

Avant la course

Après la course

(p vs avant la course)

48h plus tard

(p vs avant la course)

NTproBNP > 125 ng/dL

0

30,7 (<0,001)

1,4 (1)

ST2 > 35 ng/mL

48,7

86,7 (<0,001)

48,6 (1)

Hs-TnT > 14 ng/L

10,4

88,3 (<0,001)

17,9 (0,03)

Avant l’épreuve, près de la moitié des coureurs présentaient donc un ST2 soluble dépassant la normale. « Le fait que tant de coureurs présentent un ST2 élevé avant même le début de la course, peut suggérer qu’il s’agit d’une condition chronique », note le Dr Roca, interrogée par Medscape International. En ce cas, il pourrait s’agir d’un « mécanisme adaptatif, aux effets potentiellement cardioprotecteurs ».

On note d’ailleurs que plus les coureurs sont entrainés, moins l’élévation du ST2 durant la course est importante.

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