Les objets connectés à l’assaut de la psychiatrie : pour le meilleur ou pour le pire ?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

9 mai 2017

Paris, France – Le marché des objets connectés est en pleine expansion : ils seront plus de 28 milliards en 2020 et la santé est en bonne place – la deuxième - en termes de perspectives de développement. Que l’on y soit favorable ou pas, la e-santé va donc fortement impacter la pratique médicale dans les années à venir. La psychiatrie n’est pas épargnée, et de nombreux dispositifs sont déjà à l’essai dans la prévention des troubles thymiques.

  • Coupler les données d’un GPS-accéléromètre à l’analyse du débit verbal peut-il aider à limiter la «montée» maniaque ?

  • Capter les variations de la température corporelle et de la fréquence cardiaque (VFC), et passer les résultats au crible de l’intelligence artificielle, permet-il de prédire le risque suicidaire ?

  • A partir de quand le recueil de données personnelles devient-il trop intrusif ?

Toutes ces questions ont été au cœur de la présentation du Dr Alexis Bourla (service de psychiatrie, Hôpital Saint-Antoine, Paris) lors du 15ème congrès international de l’association de recherche et de soutien de soins en psychiatrie générale [1].

Compter avec les nouveaux systèmes d’aide à la décision médicale

« Parfois, en psychiatrie, pour l’évolution des pathologies, la prédiction de la récidive et même le diagnostic, certaines études montrent qu’on ne fait pas mieux que le hasard, a admis le Dr Alexis Bourla.

D’où l’idée de disposer d’outils qui permettent de capter des données cliniques, de les réorganiser et de les mettre en relation avec une base de connaissance, puis de les restituer au clinicien afin que celui-ci puisse prendre une décision ». Les récents progrès des nouvelles technologies de l’information et de la communication – les fameux NTIC – ont facilité le processus, et ces systèmes sont regroupés aujourd’hui sous le terme « nouveaux systèmes d’aide à la décision médicale » (SADM).

En clair, il s’agit d’«applications informatiques dont le but est de fournir aux cliniciens en temps et lieux utiles les informations décrivant la situation clinique d’un patient ainsi que les connaissances appropriées à cette situation, correctement filtrées et présentées afin d’améliorer la qualité des soins et la santé des patients » [2].

A l’interface entre la télémédecine et l’intelligence artificielle, ces SADM constituent une évolution inéluctable de la médecine, selon le Dr Bourla.

« Le concept n’est pas nouveau, fait d’ailleurs remarquer le jeune psychiatre. Dans les années 1970, on a développé des modèles probabilistes bayésiens, puis des scores (échelle de dépression, etc), puis des systèmes experts permettant d’articuler une base de données avec une base de connaissances. Aujourd’hui encore, l’objectif reste le même : s’abstraire de la subjectivité du clinicien, du patient mais aussi des concepteurs de l’outil. »

L’objectif est le même : s’abstraire de la subjectivité du clinicien, du patient mais aussi des concepteurs de l’outil – Dr Alexis Bourla

Signature digitale de la pathologie et recueil actif de données

Pour comprendre ce que sont les SADM, il faut avoir en tête la notion de signature digitale de la pathologie, aussi appelée e-sémiologie ou biomarqueurs électroniques. Le principe est le suivant : toutes les caractéristiques cliniques d’un individu (voix, mouvements, position dans l’espace, communicabilité, sommeil, …) – auxquelles s’ajoutent les biomarqueurs classiques (EEG, IRM, bilan sanguin) – permettent de caractériser un état. En découle l’idée que certains états psychiatriques ont une signature qui ne peut être traduite qu’électroniquement.

C’est pourquoi, depuis quelques années, on fait participer le patient de façon pro-active au recueil de ses propres données, c’est ce qui s’appelle l’EMA pour évaluation écologique momentanée. « Dans ce système, le patient renseigne à intervalle régulier dans son environnement habituel un certain nombre de symptômes. Les avantages pour le clinicien sont de s’abstraire des biais de remémoration du patient et de se rendre compte, par exemple, de petits épisodes hypomanes au cours du dernier mois chez un patient bipolaire et dont lui-même n’a pas conscience ou dont il ne se souvient pas », explique le Dr Bourla.

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