Vote anti FN : tour d’horizon des prises de position de la communauté médicale

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

4 mai 2017

Paris, France — Rares sont les médecins comme le Dr Jérome Marty, président de l'Union Française pour une Médecine Libre (UFML) à avoir pris position de manière aussi virulente contre certaines des mesures de Marine Le Pen. En l’occurrence, la proposition faite par la candidate du Front national d’imposer aux étrangers en situation régulière un délai de carence de deux ans avant que de pouvoir bénéficier du remboursement des soins par la sécurité sociale. Dans une vidéo postée sur Youtube, le Dr Marty exprimait son dégout et appelait l’ensemble des médecins de France, en cas de victoire de Marine Le Pen, à désobéir à cette injonction.

Si la plupart des syndicats de médecins, à quelques jours du second tour de la présidentielle, mettent en garde la profession contre les risques déontologiques du programme de la candidate du FN, rares sont ceux à appeler à battre le FN. Mais aucun, non plus, ne s’oppose à Emmanuel Macron, malgré son soutien (critique) à la réforme tant décriée du tiers payant généralisé.

Préférence nationale : contraire à la déontologie

Dans un communiqué, MG France rappelle les principes de la profession médicale (égal accès aux soins pour tous, accueil de tous les patients, non discrimination, réduction des inégalités sociales) et constate que la préférence nationale « est une notion contraire à la déontologie médicale ». MG France est également très critique sur l’une des propositions du FN, à savoir la suppression de l’aide médicale d’État (AME), une mesure qui « ne génère pas d’économie », et met en garde contre « la remise en cause de la prise en charge médicale de l’IVG ». Sans désigner nommément Marine Le Pen, MG France « constate qu’un des programmes est incompatible avec l’éthique médicale et avec l’exercice de la médecine générale ».

C’est aussi en invoquant l’éthique que le Dr Luc Duquesnel , président du syndicat Les Généralistes CSMF, donne son avis (mesuré) sur le second tour de la présidentielle. Constatant que les enjeux "corporatistes" ont disparu du second tour de la présidentielle, le Dr Duquesnel déplore que seules les questions éthiques, touchant à « l’essence même de notre profession » soient en jeu lors du vote du 7 mai prochain.

« Un des enjeux majeurs pour les médecins est de ne pas se trouver confrontés demain au dilemme posé par une politique qui refuse l’accès aux soins à une partie de la population, de façon temporaire ou définitive, et une déontologie médicale consacrée par le serment d’Hippocrate que nous avons prêté avant de débuter notre exercice », analyse le président du syndicat de généralistes. Disqualifiant ainsi le programme de Marine Le Pen, le Dr Duquesnel, pour autant, ne donne pas de consigne de vote et « appelle chaque médecin à se déterminer en fonction de son éthique personnelle ».

Choix citoyens : la position du Conseil de l’Ordre

Aujourd’hui même, au lendemain du débat entre les deux candidats en lice pour la présidence de la République, le Conseil national de l’Ordre « sans se départir de la position d’impartialité » s’est exprimé dans les termes suivants:

«Nos règles déontologiques, fondées sur une éthique respectueuse des hommes et de leur condition, nous amènent à rejeter toute discrimination par l’origine, par la culture, par la religion, par la condition sociale. Ces principes essentiels à l’exercice de la médecine sont portés par tous les médecins quel que soit leur exercice et font de l’égal accès aux soins pour tous un des piliers de l’obligation de bientraitance républicaine dont les médecins sont garants. L’Ordre national des médecins sait que les médecins défendront ces principes dans les choix citoyens qui les attendent. »

Pas de consignes de vote de la part des syndicats médicaux

De la même manière, le Dr Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France (FMF), affirme que « les adhérents de la FMF n’ont pas besoin de consigne de vote et sauront faire leur choix en toute indépendance pour le bien de la médecine libérale et la santé des Français ».

Le syndicat des médecins libéraux (SML) ne prend parti ni pour Marine Le Pen, ni pour Emmanuel Macron, se contentant de rappeler qu’il a interpellé les deux candidats du second tour dans deux lettres ouvertes. En ce qui concerne Emmanuel Macron, le SML salue sa volonté d’investir 5 milliards d’euros hors Ondam, de développer la télémédecine et de faire prendre en charge les dépassements d’honoraire par les mutuelles. Le SML demande par ailleurs des précisions sur le partage des taches entre médecins et paramédicaux évoqué par le candidat d’En Marche !, sur le regroupement professionnel et sur la relance de la convention médicale.

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