Engouement pour les laits infantiles hydrolysés : effet de mode ou réelle utilité ?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

17 mai 2017

Paris, France — Pédiatres et médecins généralistes font face à une demande croissance des parents pour les laits infantiles hydrolysés. Cet engouement au dépend des laits infantiles classiques est-il justifié ? Quelle place doit-on réellement réserver à ces formulations ? Nous avons posé la question au Dr Flore Amat (Hôpital Trousseau, Paris) lors du congrès de la Société Francophone d’Allergologie qui s’est déroulé à Paris fin avril [1].

Hydrolysats de lait : qu’est-ce que c’est ?

Dans les formulations hydrolysées à base de lait de vache ou de riz, les protéines sont fractionnées en plus petites molécules, potentiellement moins allergisantes. Il existe deux sortes d’hydrolysats : les hydrolysats partiels (dits « hypoallergéniques ») et extensifs (dits « poussés ») en fonction du degré de fractionnement des protéines. Précisons que les réponses du Dr Amat portent sur les hydrolysats extensifs ou poussés et non sur les laits hypoallergéniques, lesquels sont indiqués uniquement dans la prévention de l'allergie, et dont l'efficacité est très discutable.

Dr Flore Amat

Medscape : La forte demande pour les formulations de lait hydrolysées est-elle justifiée ?

Dr Amat : A l’heure actuelle, le lait de vache est le coupable idéal pour beaucoup de symptômes gastro-intestinaux chez le nourrisson comme c’est le cas avec le gluten chez l’adulte, par exemple. Cette tendance aboutit à des demandes de mise sous hydrolysats qui sont plus ou moins pertinentes. Il faut, pourtant, garder à l’esprit que l’incidence des allergies au lait de vache dans la population générale est estimée à 2 à 4 %, pour moitié IgE médiées et pour moitié non IgE médiées.

Pour rappel, les hydrolysats extensifs sont indiqués en cas d’allergie aux protéines de lait de vache prouvée même si on peut parfois être amenés à les prescrire d’emblée dans le cas des familles très allergiques, en relais ou complément éventuel de l’allaitement maternel. Toutefois, dans ce contexte particulier, l’enfant doit être exploré très rapidement, avant la période de diversification alimentaire (c’est-à-dire 4 à 6 mois) pour confirmer ou infirmer la présence d’une allergie. Il est préférable de rechercher rapidement la présence d’une allergie pour savoir si le lait peut être introduit normalement car nous savons maintenant que les évictions prolongées peuvent favoriser ultérieurement des sensibilisations et la survenue d’allergies mais aussi des réactions allergiques sévères.

Medscape : Comment réagir face aux parents demandeurs ?

Dr Amat : Ces formulations hydrolysées couteuses ne doivent pas faire l’objet de prescriptions médicales systématiques. Il faut savoir résister à la demande.

En revanche, il faut vraiment être à l’écoute des parents car il peut arriver que les familles se tournent vers des laits inappropriés pour l’enfant (châtaigne, brebis...) qui exposent à un risque de carence nutritionnelle et ne sont pas exempts de risque allergique.

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