POINT DE VUE

Cancer : la guérison, c’est quoi ?

Dr Manuel Rodrigues

Auteurs et déclarations

10 mai 2017

Le blog du Dr Manuel Rodrigues – Oncologue

Quel sens donne-t-on au traitement ? Celui d’un objectif partagé avec le patient. La guérison ? En oncologie, et plus particulièrement dans les cancers localisés, tel est bien l’objectif, souligne le Dr Rodrigues. Il n’y a donc plus qu’à s’entendre sur ce que signifie le mot « guérison ». Et là, les choses deviennent plus compliquées.

« Guérir » un cancer, au sens où le problème aura disparu, sans plus jamais de rechute, est un objectif « difficile à promettre », remarque le Dr Rodrigues.

On peut parfois tendre vers cet objectif, dans des cancers très agressifs comme une leucémie aigüe ou un lymphome de haut grade. « Après 3 à 5 ans, si la tumeur n’a pas rechuté, on peut penser qu’elle ne rechutera pas », estime le Dr Rodrigues.

« A l’inverse, il est relativement aisé – au moins sur le papier – de dire qu’il n’y aura pas de guérison dans la plupart des cas de tumeur solides métastatiques ».

Dans la majorité des cas cependant, les cancers localisés à risque, il est très difficile de parler de guérison, tant le risque de rechute est important.

Le risque de rechute est un paramètre ; le délai de la rechute en est un autre.

Il existe des cas paradoxaux, comme les cancers du sein de bon pronostic, exprimant des récepteurs hormonaux. La survie sans rechute est de plus de 90% à cinq ans. Mais ces cancers indolents peuvent néanmoins rechuter : « pas à cinq ans, mais dix, quinze ou vingt ans plus tard », note le Dr Rodrigues. « C’est le type de cancer où il est le plus difficile de parler de guérison, alors même qu’il est de bon pronostic ».

En pratique, « certains médecins n’utilisent pratiquement jamais ce terme : il est trop difficile de promettre au patient qu’il n’y aura pas de rechute ».

D’autres adoptent un parti-pris inverse.

« Après tout, la guérison consiste à faire disparaitre tous les signes et symptômes de la maladie. Donc pourquoi ne pas en parler à la fin d’une séquence chirurgie + radio ou chimiothérapie ? », demande le Dr Rodrigues.

« C’est une guérison avec un risque de rechute, certes. Mais c’est néanmoins une guérison à un moment précis », et l’usage du terme par le médecin peut « aider le patient à avancer dans son processus de guérison-réinsertion ».

Le concept de guérison est d’autant moins évident qu’il a beaucoup évolué avec la progression des traitements en oncologie, depuis le Glivec® qui a révolutionné le pronostic de la leucémie myéloïde chronique, l’Herceptin® dans le cancer du sein Her2+, l’essor du séquençage à haut débit, qui depuis une dizaine d’années permet de cibler les traitements, et aujourd’hui les immunothérapies « qui ont changé la vison du cancer ».

« Les patients viennent consulter et demandent pourquoi eux n’auraient pas droit à une immunothérapie », témoigne le Dr Rodrigues.

Dans ces conditions, et bien que « la guérison ne soit pas un concept évident, la notion doit être abordée avec le patient », poursuit-il, considérant qu’il s’agit là d’un aspect « essentiel à la prise en charge non médicamenteuse du patient ».

Pour cette ou ces discussions, il n’y a évidemment pas de recette-miracle, et hormis les situations extrêmement favorables ou défavorables, il faudra « s’adapter à la maladie, mais aussi et surtout au patient qui se tient en face de nous ».

Et peut-être aussi se poser la question : « pourquoi le patient pose-t-il aujourd’hui la question de sa guérison ? Quelles autres questions se cachent derrière, qu’il voudrait aborder ? »

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