POINT DE VUE

Du droit à la retraite, bien méritée…comme ils disent !

Dr Jean-Pierre Usdin

Auteurs et déclarations

2 mai 2017

Paris, France -- La lettre du Directeur des Affaires Médicales est arrivée sans appel il y a quelques semaines. Confraternelle à souhait « Le temps s’écoule, inexorable pour chacun d’entre nous, il est temps que tu prennes tes dispositions pour ton prochain départ à la retraite ».

Génération Prisunic

Le docteur Marcel se remémore ses années fringantes d’internat et clinicat quand il assurait les gardes en soins intensifs coronariens : « Docteur, je vous passe le SAMU ! » Le régulateur : « Cet homme de 70 ans souffre d’un infarctus… » Le docteur Marcel arrêtait dans son élan son collègue « Trop âgé, il ne me reste qu’un seul lit, je le garde pour un jeune ! » C’était le temps des infarctus et non pas des ST +, ST -. Génération Prisunic dirons-nous !

Trente années après, la troponine a ouvert à tous les âges les soins intensifs coronariens. Le docteur Marcel a, jusqu’à présent réussi à maintenir le cap face à ses jeunes collègues, quadra et quinqua. Il est aussi conscient de son essoufflement. La vivacité de ses alter egos fait merveille lors des staffs : quid de telle recommandation, de tel protocole, de telle étude qui a montré… Il est devenu contemplatif lors de ces joutes. Jouer à répondre le premier ne l’intéresse plus. Oui il est bien temps pour lui de penser à « sa retraite bien méritée…» une terrible juxtaposition de mots !

« Quand penses-tu arrêter? »

Depuis plusieurs mois ses collègues hospitaliers lui posaient la question « Quand vas-tu arrêter ? » Comment comprendre cette question ? Sous-entendu « Tu n’es plus au point ? » voire « Faut-il encore t’adresser de nouveaux patients » Ou au contraire « tu as bien bossé pendant toutes ces années, il est temps que tu penses à toi et ta famille ! »

Quelques patients soucieux de leur suivi, avaient, il y a quelques mois, posé cette question quand elle n’avait pas encore effleuré la pensée du Dr Marcel. La réponse est maintenant devenue d’une actualité brûlante !

Désormais, c’est à lui de l’annoncer à ses fidèles patients : « Je pars en retraite à la fin de l’année ». Comment formuler cette phrase, qui lui fait mal, sans choquer ses patients assidus ? Ceux avec lesquels le temps a permis de développer une relation d’amitié doublant le rôle médecin/malade. Je prends ma retraite : dois-je mettre des points de suspension, d’exclamation, un point seulement ? Ne pas susciter l’indifférence cruelle, ou la compassion embarrassante.

Le docteur Marcel rassure les patients concernant leur suivi « Vos verrez, j’ai un successeur formidable, jeune, mon âge quand je suis arrivé ici, c’est vous dire ! Oui, il aura votre dossier qui reste à l’hôpital. »

Il lui faut ensuite subir la sempiternelle « Qu’allez-vous faire ? » et encore le froid ou le chaud « Vous allez vous ennuyer, il vous faut trouver une activité, moi… » « C’est formidable ! Vous verrez tout ce qui s’ouvre à vous, moi retraité… ».

Garder actives ses petites cellules grises

Un article du JAMA fournit une partie de la réponse déclinant quatre options [1]:

Solution 1 : Profiter du temps libre, se trouver un hobby. Certes, mais il n’a rien prévu face à ce vide intellectuel et parfois financier.

Solution 2 : Continuer une activité médicale pour suivre des cas « simples ». Sa compétence médicale sera-t-elle suffisante [2] ? Les performances intellectuelles des médecins (aussi) diminuent avec l’âge même si des variations individuelles existent. Conservera-t-il ses facultés. Mettra –t-il en danger ses patients ? Sera-t-il à jour, loin du cocon hospitalier émoustillant ? Et le cas simple, ça n’existe pas.

Solution 3 : Parler avec le Directeur des Affaires Médicales pour mettre en place un système d’évaluation de ses capacités, lui assurer un départ en douceur? Exclu d’emblée : l’empathie, son confrère ne connaît pas, il était absent le jour du cours.

Solution 4 : Participer activement à la formation médicale continue. Mettre à jour régulièrement ses connaissances. S’exercer sans cesse aux nouvelles techniques non invasives.

La réunion des solutions 2 et 4 sera finalement son choix. Dans la tranquillité d’un bureau, non bousculé par les appels des urgences ni des unités d’hospitalisation, loin des astreintes et des gardes, le docteur Marcel continue son éducation médicale, participe aux séminaires, congrès. Il garde ainsi actives ses petites cellules grises.

Et qui sait, il continuera à voir quelques-uns de ses anciens fidèles et développera son activité avec de nouveaux patients. Burnout, il ne connaît pas.

La retraite, non merci [3]. Pour lui, ce sera plutôt, retour vers le futur !

 

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