Anticancéreux génériques : un laboratoire menace de détruire ses stocks pour monter les prix

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

26 avril 2017

Etats-Unis, Europe -- Plusieurs journaux anglais révèlent les méthodes du laboratoire Aspen pour faire monter les prix des génériques d’anticancéreux qu’il rachète. S’il n’obtient pas les hausses de prix demandées auprès des gouvernements, Aspen va jusqu’à stopper les ventes, quitte à envisager de détruire ses propres stocks. Or, Aspen est en situation de quasi-monopole sur ces génériques…

Le Times et The independent relatent la bataille sans merci qu’Aspen a engagé avec le gouvernement espagnol pour obtenir une forte hausse des prix de 5 génériques d’anticancéreux acquis auprès de GlaxoSmithKline [1,2].

Une bataille qu’ont déjà perdu (ou que n’ont pas mené) certains pays européens comme l’indique The Independent.

Des prix multipliés par 10 en quelques années

Parmi les 5 médicaments concernés, le busulfan (Myleran®, Aspen) indiqué dans le traitement de la leucémie myéloïde chronique, et la préparation de la greffe de cellules souches hématopoïétiques, a vu son coût passer de 5,20 à 65,22 livres sterlings par flacon de comprimés en 2013 en Angleterre et au Pays de Galles, soit une augmentation de plus de 1100% après l’acquisition par Aspen. Or, le busulfan est fabriqué en Inde pour 0,03£ le comprimé. Notons qu’en France, le prix du médicament vendu par Aspen est désormais de 68 euros par flacon de 25 comprimés alors qu’il était de 14,93 euros en 2006.

Une autre molécule, le chlorambucil (Leukeran®, Aspen), également utilisée en hémato-oncologie coute désormais 40,51 £ par boite versus 8,36 £ avant le rachat en 2013, toujours dans ces deux régions. En France, le produit est aujourd’hui commercialisé par le laboratoire Techni Pharma pour 20,96 euros la boite de 30 cps.

Même tendance pour la mercaptoturine (Purinethol®, Aspen) utilisée dans les Leucémies aiguës lymphoblastiques, les leucémies aiguës myéloblastiques, et les leucémies myéloïdes chroniques (indication non remboursée en France). Dans l’hexagone, le Purinethol® coute désormais 64,63 euros par flacon de 25 cps au lieu de 4,35 euros lorsqu’il était commercialisé par GSK.

Des menaces à l’action (pour ceux qui tiennent tête)

Face a refus du gouvernement espagnol d’accepter une augmentation de prix allant jusqu’à 4000%, le laboratoire est passé des menaces à l’action.

En mai 2014, les 5 génériques concernés n’ont plus été vendus sur le marché espagnol. Et, près d’un an et demi plus tard, en octobre, lorsqu’un employé de la maison mère basée à Dublin demande que faire des stocks « packagés » pour le marché espagnol, il lui est répondu que si le gouvernement espagnol n’accepte pas les hausses de prix « les seules options sont de donner ou de détruire les stocks ».

D’après The Independent, cette méthode de pression a déjà été utilisée par le laboratoire en Italie où les pénuries de médicaments et les menaces d’arrêter les ventes ont fini par faire plier le gouvernement.

Interrogé par le Times, Aspen n’a pas fait de commentaire sur la question de la destruction des stocks espagnols. En revanche, Dennis Dencher, DG d’Aspen Pharma Europe a indiqué que les hausses de prix avaient pour but « de promouvoir un accès durable aux patients », que les prix initiaux étaient « très bas et insoutenables » et que les « pénuries d’anticancéreux d’Aspen n’étaient pas délibérées ».

 

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