L’antibiotique doxycycline en prévention et traitement du stress post-traumatique ?

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

20 avril 2017

Après ajustements des résultats sur diverses échelles de dépression, d’anxiété, d’attention et de mémoire immédiate, remplies par ailleurs, l’écart de clignement des yeux constaté entre écran neutre et écran à risque est réduit de 60% chez les sujets qui ont mémorisé sous doxycycline par rapport aux sujets qui ont mémorisé sous placebo.

En d’autres termes, la doxycycline a interféré avec la mémorisation de l’association.

Une action très précoce de la doxycycline

A quel stade du processus la doxycycline a-t-elle agit ?

Cette session d’évaluation à J7 a été immédiatement suivie d’une session de réapprentissage, identique à la première session (donc avec réintroduction des décharges électriques), mais cette fois sans prise de doxycycline ou placebo.

Par ailleurs, la réaction des sujets a été évaluée en temps réel, par mesure de la conductance cutanée, qui « reflète l’état du système nerveux autonome », indiquent les auteurs (on parle de réponse psychogalvanique). En cas de surprise notamment, la résistance électrique de la peau diminue.

Dans le cas des sujets sous doxycycline à J0, qui ont faiblement mémorisé l’appréhension associée à la couleur à risque, la réintroduction de décharges électriques doit provoquer une surprise, donc une baisse de la conductance cutanée plus importante que chez les sujets accoutumés à l’association. C’est effectivement le résultat obtenu. En outre, l’écart de surprise entre les deux groupes de sujets, diminue logiquement au fur et à mesure du déroulement de la session de réapprentissage.

« L’analyse des sessions d’apprentissage apporte des éléments en faveur d’un impact de la doxycycline sur la mémorisation dès la session elle-même », écrivent les auteurs, même si « elle n’altère pas la mémorisation sur une échelle de temps de quelques secondes, comme le montrent les tests de mémoire immédiate ».

En d’autres termes, si le mécanisme d’action postulé pour la doxycycline est bien l’inhibition des MMP, alors les remaniements de la matrice extracellulaire commenceraient en cours même d’apprentissage, et pas seulement en phase de consolidation.

Corrolaire : les traitements par doxycycline sont-ils neutres pour l’apprentissage et la mémoire ?

Tout ceci soulève des questions dans quatre directions, au moins.

Premièrement, sur le plan fondamental, quid de la plasticité neuronale ? Dans leur discussion, les auteurs soulignent bien que l’on est encore loin d’en comprendre le mécanisme. Néanmoins, on commence à caractériser des aspects moléculaires et à pouvoir interagir grossièrement avec eux, ce qui est déjà beaucoup pour un phénomène aussi complexe.

Deuxièmement, sur le plan thérapeutique, et dans le cas du stress post-traumatique que l’expérience modélise, pourrait-on, comme le suggèrent les auteurs, intervenir en couplant une exposition à un traitement pharmacologique ? On note au passage que cette approche aurait pu être testée dans l’expérience elle-même : chez les sujets qui ont fait l’association couleur-décharge électrique sous placebo, aurait-il été possible de « défaire » secondairement l’association par réexposition sous doxycycline ?

Troisièmement, pour faire un peu de prospective, s’il se révélait possible d’atténuer ainsi une association délétère, l’approche pourrait-elle avoir un intérêt vis-à-vis des comportements de dépendance ? – puisqu’on peut supposer que le lien fort au tabac ou à l’alcool, implique aussi (d’abord ?) des liens forts avec ce à quoi la mémorisation peut avoir associé le produit. (C’est sur des associations du produit avec différentes représentations du plaisir que joue le conditionnement publicitaire).

Enfin, quatrièmement, et la question vaut cette fois dans l’immédiat : sachant que l’expérience suisse est basée sur une prise unique de 200 mg de doxycycline, quelles conséquences sur la mémorisation peut entrainer le traitement d’une bronchite par 1g/j de tétracycline, ou le traitement de l’acné d’un adolescent à dose réduite mais durant plusieurs mois ?

Aucune des études menées classiquement sur les médicaments ne peut apporter de réponse à cette dernière question. Et c’est aussi ce que montre, en creux, le travail suisse.

 

L’étude a reçu des financements de la Fondation Nationale Suisse pour la Science, de l’Université de Zurich et du Wellcome Trust Centre for Neuroimaging (Londres).
Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêt.

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....