L’antibiotique doxycycline en prévention et traitement du stress post-traumatique ?

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

20 avril 2017

Zurich, Suisse — Selon un papier suisse publié dans la revue Molecular Psychiatry, l’antibiotique doxycycline interfère avec les mécanismes de mémorisation, ce qui pourrait être utilisé pour la prévention et le traitement du stress post-traumatique [1].

Le papier rapporte une expérience d’association entre deux stimuli, délivrés simultanément, et de mémorisation de cette association. L’un des stimuli était un écran bleu ou rouge, l’autre était une décharge électrique, ressentie comme « douloureuse ». L’expérience a été menée chez des volontaires préalablement traités par une faible dose de doxycycline (200 mg) ou par placebo. A 7 jours, la mémorisation de l’association chez les sujets traités par doxycycline, s’est révélée très inférieure à celle des sujets sous placebo.

Ce résultat, obtenu avec un antibiotique somme toute banal, est assez surprenant, Mais le plus étonnant, peut-être, est qu’un mécanisme peut-être proposé pour rendre compte-de cet effet.

Les auteurs rappellent que de nombreuses données impliquent des remaniements structurels de la matrice extracellulaire « organisée en réseau périneuronaux », dans la formation de la mémoire. Certaines enzymes ont par ailleurs été plus directement impliquées dans ces remaniements, notamment les métalloprotéinases matricielles (MMP), et en particulier la MMP9.

Or, la doxycycline est précisément un inhibiteur des MMP (comme toutes les tétracyclines), et en particulier de la MMP9. Par ailleurs, elle passe la barrière hémato-encéphalique.

A partir de là, une expérience a été conçue pour tester à la fois le modèle biologique impliquant les MMP dans la mémorisation, et l’utilité éventuelle d’une tétracycline contre des mémorisations intempestives. L’expérience ayant été menée sur la mémorisation d’une association impliquant une forme de peur, les auteurs s’orientent vers le syndrome post-traumatique.

Il ne s’agirait pas, comme dans l’expérience menée, de prévention d’un stress post-traumatique, l’exposition étant par nature peu prévisible (à part la guerre). Les auteurs s’avancent en fait jusqu’à l’hypothèse thérapeutique.

« Il est connu que la réexposition à un stimuli antérieurement associé à la peur, fragilise pour un temps la mémorisation », expliquent-ils. « La reconsolidation est un processus qui dépend d’une synthèse protéique, et il a été suggéré que l’interruption pharmacologique de ce phénomène pourrait effacer spécifiquement la mémoire de cette peur, chez l’homme. Ceci ferait de l’association entre une réactivation spécifique de la peur, et un traitement pharmacologique, une piste de traitement du stress post-traumatique ».

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