Cancer du poumon : le nivolumab quadruple le taux de survie à 5 ans

Aude Lecrubier, Kate Johnson

Auteurs et déclarations

24 avril 2017

Washington, Etats-Unis— Les premières données de survie à long terme de patients atteints de cancer du poumon non à petites cellules (CPNPC) recevant du nivolumab (Opdivo, BMS) en seconde ligne de traitement sont très encourageantes.

Elles ont été présentées au congrès annuel de l’American Association for Cancer Research (AACR)[1].

Selon l’étude de phase 1b CA209-003, la première à avoir évalué un inhibiteur de PD1 chez des patients atteints de CPNPC avancés déjà lourdement prétraités, le taux de survie à 5 ans des patients qui reçoivent le nivolumab est de 16 %.

Avant l’immunothérapie, le taux de survie de ces patients avoisinait 4 %, a précisé le Dr Julie Brahmer (Johns Hopkins University School of Medicine, Baltimore), auteur principal de l’étude, lors d’une conférence de presse.

« Le taux de survie à 5 ans a réellement quadruplé par rapport à ce qui est attendu avec une chimiothérapie classique. Avant l’immunothérapie, la majorité des patients avec une maladie avancée mourrait dans l’année qui suivait le diagnostic », souligne-t-elle.

 
Le taux de survie à 5 ans a réellement quadruplé -- Dr Julie Brahmer
 

Pour rappel, les premiers résultats de l’essai, publiés en 2015 (résultats à 3 ans), ont marqué un tournant dans l’histoire de la prise en charge du cancer en montrant que l’immunothérapie pouvait être utile pour des cancers fréquents. Suite à ces résultats, la FDA et l’EMA ont autorisé le nivolumab en seconde ligne de traitement des patients avec un CBNPC avancé.

L’étude en bref

L’étude a inclus 129 patients atteints de CBNPC ayant reçu 1 à 5 lignes de traitement(s) systémiques auparavant. Les participants ont été randomisés pour recevoir 3 doses possibles de nivolumab (1, 3 ou 10 mg/kg toutes les deux semaines). Ils ont été suivis au minimum 58 mois.

Globalement, la survie globale moyenne des patients a été de 9,9 mois. Le taux de réponse objective (% de patients en réponse partielle ou complète confirmées parmi tous les patients traités) à la monothérapie par nivolumab a été de 17 %, avec une durée de réponse moyenne de 17 mois.

Les taux de réponse au nivolumab étaient similaires dans la plupart des sous-groupes de patients indépendamment de la dose et du caractère squameux des cellules.

Interrogée par Medscape.com, le Dr Irene La-Beck (Texas Tech University Health Sciences Center School of Pharmacy, Abilene) a indiqué que ces résultats à long terme devraient être confirmés par des essais de phase 3.

« Les taux de survie globale à 5 ans des essais CheckMate-017 et CheckMate-057, attendus dans quelques années, répondront mieux à cette question », précise-t-elle.

Elle ajoute que l’essai n’ayant été ni randomisé, ni contrôlé, ni réalisé en aveugle, il y a plus de risque que les résultats soient biaisés comparé à un essai de phase 3. En outre, en raison des trois différentes doses testées, elle ajoute que les résultats ne peuvent pas être généralisés aux patients qui reçoivent la dose actuellement autorisée par la FDA et l’EMA (3 mg/kg toutes les deux semaines).

Quelle durée de traitement ?

Bien que les résultats à long terme soient enthousiasmants, ils ne permettent pas de comprendre quels sont les éléments prédictifs de cette survie prolongée ou quand les patients pourraient arrêter leur traitement.

Selon le protocole de l’étude, les patients ont reçu le traitement pour une durée maximale de 2 ans, toutefois, actuellement, en pratique, le traitement n’est pas arrêté, a expliqué le Dr Brahmer.

« Cette étude montre que 75 % des patients ont une réponse maintenue après arrêt du nivolumab et en l’absence d’autres traitements anticancéreux…Donc, je pense que d’après ces résultats et d’autres, on peut dire qu’ils n’ont pas besoin d’être traités indéfiniment…Cependant, nous voulons pouvoir mieux personnaliser le traitement pour identifier le meilleur moment pour l’arrêter », précise-elle.

Comment sélectionner les patients ?

Rappelons que d’après les résultats publiés en 2015 (à 3 ans), 17 % de ces patients déjà lourdement prétraités étaient en réponse partielle ou complète après traitement par nivolumab, ce qui sous-entend que 83 % des participants à l’étude n’étaient pas répondeurs. La question de l’identification des patients répondeurs par la validation de biomarqueurs (expression de PD-L1…) est donc cruciale.

Dans l’essai, près de la moitié des patients avaient suffisamment de tumeur pour que soit effectuée une recherche du biomarqueur PD-L1. Il en ressort que le taux de survie globale à 5 ans était de 20 % chez ceux qui avaient un taux d’expression de PD-L1< 1 % alors qu’il était de 43 % chez ceux qui avaient un taux de PD-L1 d’au moins 50 %. Toutefois, en raison du petit nombre de patients, cette différence n’était pas statistiquement significative.

Pour le Dr La-Beck, il est intéressant de noter qu’il existe des réponses durables chez les patients qui ont des taux de PD-L1< 1 %, contrairement à ce qui est observé avec le pembrolizumab (uniquement indiqué aux Etats-Unis et chez les patients qui ont des taux de PD-L1 ≥ 50 %). Toutefois, elle souligne, elle aussi, que la taille de l’étude ne permet pas de tirer des conclusions entre les caractéristiques des patients et les réponses au traitement.

 
le statut PD-L1 seul n’est peut-être pas un biomarqueur suffisant.
 

« L’étude suggère deux choses : que le statut PD-L1 seul n’est peut-être pas un biomarqueur suffisant pour sélectionner les patients et que trouver des critères de sélection des patients est clairement une nécessité », conclut le Dr La-Beck.

 

L’étude a été financée par BMS. Le Dr Brahmer a reçu des financements de recherche et pour ses activités de conseil par les laboratoires BMS. Le Dr La-Beck a reçu des bourses de recherche du National Cancer Institute et de la Development Corporation of Abilene. Elle n’a pas déclaré d’autres liens d’intérêts en rapport avec le sujet.

 

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