POINT DE VUE

Congrès européen de psychiatrie: recommandations pratiques

Professeur Patrice H. Boyer

Auteurs et déclarations

14 avril 2017

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Dans cette 2e partie, le Pr Patrice Boyer résume les thèmes pratiques abordés lors du congrès de l’European Psychiatric Association : exercice physique, médecine connectée, biomarqueurs et données d’imagerie longitudinale.

Voir la 1re partie : Deux changements de paradigmes majeurs en psychiatrie

TRANCRIPTION

Je suis Patrice Boyer, ancien président de la Société Européenne de Psychiatrie (European Psychiatric Association − EPA) et actuellement vice-président de l’European Brain Council, qui est l’institution européenne chargée, à Bruxelles, avec la Direction Générale de la Recherche et de la Santé, de promouvoir la recherche sur le cerveau, à la fois pour les maladies mentales et pour la neurologie.

Lors du dernier congrès européen de psychiatrie qui s’est tenu à Florence du 1er au 4 avril, à côté du survol des changements de paradigme, qui est un des domaines cruciaux pour notre discipline, ont été abordés un certain nombre de thèmes pratiques qui concernent l’exercice physique, la médecine connectée, les données d’imagerie longitudinale, les études faites par les consortia européens.

Recommander l’exercice physique

Alors quelles sont les recommandations pratiques qui ont pu être prises au cours de ce congrès ? On ne peut pas toutes les résumer, elles sont beaucoup trop nombreuses, mais je voudrais insister sur une série qui a fait l’objet de nombreux symposia : la place de l’exercice physique, voire de l’exercice d’endurance, dans les maladies mentales.

On sait très bien que la morbi-mortalité des maladies mentales est liée à la comorbidité somatique — diabète, hypertension, etc. On sait également que l’espérance de vie des sujets atteints de maladies mentales est en moyenne de 15 ans, voire 20 ans, inférieure à celle de la population générale, à cause du diabète, de l’hypertension… On s’est aperçu que l’exercice physique non seulement améliorait la comorbidité somatique, mais avait également une influence favorable sur l’évolution de la pathologie mentale elle-même et modifiait le cours évolutif et la plasticité cérébrale, et aidait à la réponse thérapeutique. La pratique de l’exercice physique occupe donc une place très importante. Il y a des données à la fois thérapeutiques, mais aussi des données en recherche fondamentale.

Utilisation de l’e-santé en psychiatrie

D’autres recommandations pratiques ont concerné l’utilisation de tout ce qu’on appelle l’« e-medicine », la médecine basée sur les outils de connexion. On la connaît pour la surveillance, le monitoring de la prise en charge de la pathologie bipolaire et de la prise en charge des traitements antipsychotiques. Mais elle est aussi très importante dans un autre domaine qui est assez nouveau : le suicide. Notamment pour envoyer des signaux d’alarme lors de risque de tentative de suicide. On sait qu’on ne peut pas avoir, malheureusement, de prédiction des tentatives de suicide. Il n’existe pas, à l’heure près, de facteurs prédictifs de suicide. Il y a, bien sûr, l’idéation suicidaire etc. Il y a l’antécédent de passage à l’acte, mais on ne sait pas quand quelqu’un va passer à l’acte de se suicider. Le signal connecté est très important parce qu’il permet une intervention en temps réel.

L’e­médecine sert aussi à la mise en place des recommandations de guidelines, de guidances et d’autres dispositions qui sont prises par les principales sociétés scientifiques ou par les principales institutions de soins.

Biomarqueurs et médecine personnalisée

Les biomarqueurs ont été un autre aspect pratique. En médecine personnalisée, on en avait parlé dans le rapport de l’année dernière, c’est effectivement encore un doux rêve. Néanmoins, il y a un grand nombre de biomarqueurs qui apparaîsent liés aux traces des maladies inflammatoires, aux traces des maladies infectieuses, aux microRNA, étude des exosomes, aux corticostéroïdes, à l’antécédent de facteurs de stress, aux maladies somatiques associées. Et cet ensemble de nuages constitue des biomarqueurs qui sont maintenant de plus en plus révélés par les grandes études de consortiums européens où on peut se dire que peut-être il y a non seulement des profils à risque, mais ensuite des profils familiaux qui seront propices pour développer telle ou telle pathologie. Il y a donc un grand nombre de consortiums et de résultats d’études collaboratives européennes qui mettent en évidence des nuages de biomarqueurs.

Les données d’imagerie confirment les hypothèses cliniques

Je voudrais terminer par un dernier élément qui me semble important et qui vient également des études de consortiums européens : ce sont les données fonctionnelles cérébrales, et notamment, les données d’imagerie, à la fois fonctionnelles et structurales. Elles permettent de [confirmer par] des preuves très scientifiques ce que l’on savait déjà. Je ne donnerai qu’un exemple qui me semble tout à fait crucial, celui de l’utilisation du lithium dans la maladie bipolaire. Ce que l’on peut mettre en évidence maintenant avec le grand consortium européen qui a suivi plus de 2300 bipolaires comparés à 3500 sujets contrôle sur le plan de l’évolution des structures cérébrales, c’est qu’il y a un effet neuroprotecteur — affirmé sur le plan de l’imagerie — du lithium. Des éléments de ce type, qui ne sont plus seulement des impressions cliniques, mais des données neurocérébrales tout à fait substantielles, doivent nous encourager non seulement à reinstaurer ce traitement dès qu’il est indiqué, dès qu’il est possible, mais à procéder à de mêmes types d’évaluations pour d’autres traitements de type neuroprotecteur.

Conclusion

Comme nous l’avons souligné, l’existence de facteurs de risque a vraiment été un des points importants du congrès. Bien sûr, la migration en fait partie de façon très importante, pour les maltraitances infantiles. On s’aperçoit que la protection de ces facteurs de risque et la prise en compte et la prise en charge — encore une fois sociale, familiale — de ces patients est un adjuvant thérapeutique absolument fondamental et qu’on fait autant de progrès thérapeutique en prenant en charge cet aspect des choses qu’en traitant la pathologie elle-même.

Voilà le résumé qu’on pouvait faire de ce congrès et on se donne rendez-vous l’année prochaine pour le congrès à Nice.

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