Cancers digestifs des sujets âgés : plus de raison de sous-traiter

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

14 avril 2017

Paris, France -- Pourquoi les personnes âgées sont-elles très souvent sous-traitées lorsqu’elles souffrent de cancers digestifs ? Par manque de coordination entre gastro-entérologues ou chirurgiens digestifs avec les gériatres, d’évaluation gériatrique et d’accompagnement spécifique. L’âge ne devrait en effet plus être une raison de modifier la prise en charge, a-t-il été rappelé lors des Journées Francophones d’Hépato-gastroentérologie et d’Oncologie Digestive (JFHOD) qui avaient choisi le vieillissement comme fil rouge de leur édition 2017[1].

Peu de collaboration avec les gériatres

« Alors que dans la majorité des pays développées la population des plus de 60 ans représentera plus d’un quart de la population en 2050, comment ne pas se poser la question de la prise en charge des plus âgés ? Déjà en 2011, les plus de 75 ans représentaient plus de 40 % de la population des personnes atteintes de cancers du côlon et du rectum : soit, respectivement, pour les 74-84 ans, 12 268 patients, et pour les plus de 85 ans, 6 290 patients sur un total de 40 500 », analyse le Dr Gilles Manceau (Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris).

 
Les indications du chirurgien ne sont conditionnées que par l’extension du cancer et les possibilités d’anesthésie -- Dr Gilles Manceau
 

Aujourd’hui, si une grande majorité des chirurgiens digestifs pensent qu’il n’y a pas de limite d’âge pour proposer une intervention, 70 % d’entre eux ne collaborent que rarement, voire jamais avec des gériatres, dans ce domaine.

Résultat pratique : sélection de patients plus forte, et moins de patients âgés opérés – en particulier à un stade avancé de la maladie.

« Il est donc urgent de changer de paradigme et de ne plus placer l’âge comme un préalable en réunion de concertation pluridisciplinaire: il convient désormais de préciser d’abord la pathologie grâce à un bilan d’extension, puis d’analyser l’arbre thérapeutique, et enfin prendre en compte le fait qu’il s’agisse d’une personne âgée. Les indications du chirurgien ne sont conditionnées que par l’extension du cancer et les possibilités d’anesthésie ».

Avant l’intervention : l’évaluation gériatrique

« Ce qui fait la particularité de la population âgée, c’est son hétérogénéité en fonction des comorbidités, des conditions psycho-sociales et des capacités fonctionnelles. Pour préciser ces données, l’évaluation gériatrique est le préalable indispensable. Elle permet d’améliorer la survie à 2 ans de 20 % des cancers digestifs en faisant la balance entre le bénéfice et la toxicité ou les complications du traitement.

Ella a pour but d’identifier les conditions physiques réversibles qui peuvent interférer avec le traitement, d’estimer l’espérance de vie, d’apporter un langage commun pour la classification des patients, de préserver les fonctions (musculaire et cognitives) et de réduire les hospitalisations », explique le Dr Elisabeth Carola (Oncologue, Senlis).

 
Chez les plus âgés, la morbidité chirurgicale est identique : pas de majoration du risque de sepsis, d’abcès ou de fistules dans les cancers colorectaux ou de l’œsophage -- Dr Elisabeth Carola
 

« Pour préciser s’il est nécessaire ou non de traiter le cancer et de quelle façon le traiter, plusieurs questions doivent être posées :

-Le patient âgé va-t-il décéder avec son cancer ou à cause de son cancer ?

-Le patient âgé va-t-il tolérer le traitement chimiothérapique ou chirurgical de son cancer ?

-Le traitement chimiothérapique ou chirurgical du cancer va-t-il entrainer des bénéfices ?

Chez les plus âgés, la morbidité chirurgicale est identique : pas de majoration du risque de sepsis, d’abcès ou de fistules, par exemple, dans les cancers colorectaux ou de l’œsophage ».

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