Une campagne pour inciter les médecins à prendre un médecin traitant

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

12 avril 2017

Comment expliquez-vous cela ? Pourquoi ce problème est-il pris en compte maintenant?

Dr Doppia : C’est une question de culture. Avant la fac de médecine, les étudiants ont eu un médecin traitant, parfois leurs parents. Après la fac de médecine, ils ne reprennent pas de médecin traitant. Plus ils apprennent la médecine, et moins ils ont recours à un médecin traitant. Jusqu’au moment où ils se sentent suffisamment fort pour se passer de médecin traitant définitivement.

Cela s’ajoute à une autre culture, qui est la négligence de soi. Comment se fait-il qu’on ait dû attendre 2002 pour que l’on ait eu le droit de se reposer après une nuit de garde ? Il y a une culture du déni de soi, et une pudeur à parler de soi, à s’occuper de soi. Il y a un déni individuel et collectif.

Il y a un déni individuel et collectif.

Pourquoi s'en préoccupe-t-on maintenant ? La culture a évolué, depuis 15 ans, nous parlons maintenant de la souffrance au travail de manière plus manifeste, il y a des associations qui en dissertent ouvertement comme Mots… La société a changé et le médecin est aussi devenu quelqu’un comme tout le monde, donc il n’y a pas de raison pour qu’il se comporte différemment. Il n’y a pas de raisons pour qu’un médecin n'ait pas de médecin traitant. Cela étant dit, ce n’est pas simple de suivre un médecin. Il y a un DU sur cette question à l'université Paris Diderot, dirigé par Eric Galam, ainsi qu'à l'université de Toulouse, pour apprendre à soigner un médecin. Cette campagne va permettre que tous les médecins prennent soin d’eux-mêmes. Et elle va de pair avec la revalorisation du médecin généraliste. Le médecin généraliste méritait d’être revalorisé, ça nous a paru essentiel car si on ne revalorise pas l’image du MG, on rate notre campagne. Maintenant il y a un internat pour les MG : ils n’en font pas moins que les médecins spécialistes. Leur savoir est aussi étendu que les nôtres, même s’il est différent. Que les médecins soient spécialistes ou généralistes, ils doivent prendre le temps de voir leur médecin généraliste.

Quels sont les objectifs de cette campagne ? Allez-vous quantifier le nombre de médecins qui voient un médecin traitant ?

Il faut une quinzaine d'années pour faire admettre des changements de comportement.

Dr Doppia : Il faut faire la différence entre le médecin qui prend soin et le médecin traitant au sens de l'assurance maladie. Il est très difficile en France de valider des chiffres exacts à ce sujet. Je m’explique : un médecin qui se soigne peut très bien se déclarer comme son propre médecin traitant. Ce qui est certain, c’est que les syndicats de jeunes médecins et d'internes s’investissement dans cette campagne. Et c'est une bonne nouvelle : il faut une quinzaine d'années pour faire admettre des changements de comportement.

Il a, en effet, fallu une quinzaine d’année pour faire prendre conscience du burn-out. Dans quinze ans, les jeunes médecins auront certainement un médecin traitant s'ils s'investissent dès maintenant, alors qu'ils sont étudiants. Pour cela il faut une campagne soutenue, et il nous faut des partenaires, dont la conférence des doyens. Nous leur proposons de signaler cette campagne dans les facultés de médecine. Pour les présidents de CME, c’est pareil, il faut qu’ils soient porteurs du message délivré par cette campagne. Ces changements ne peuvent pas être coercitifs, nous ne sommes pas mûrs pour cela, nous sommes dans un système libéral, et toute atteinte à la liberté des médecins est très mal prise. Nous savons très bien qu’un médecin qui ne se soigne pas ne soigne pas bien ses patients. Ca a été prouvé. Dans quelques années, il deviendra tout naturel pour un médecin d'avoir son propre médecin traitant.

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