Epilepsie et grossesse: comment monitorer la thérapeutique

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

6 avril 2017

Chute des niveaux d'antiépileptique

Au cours de la grossesse, « le suivi des concentrations plasmatiques des médicaments est très important » pour maintenir la stabilité d’une épilepsie, a souligné le Pr Dupont. Et pour cause: « la grossesse réduit, parfois de manière drastique, les concentrations sériques en antiépileptique ».

Par exemple, « dans le cas de la lamotrigine et du lévétiracétam, les deux antiépileptiques recommandés pendant la grossesse, les taux peuvent chuter de 50 à 60% ». En démarrant avec de faibles doses, « on risque de se retrouver avec des taux quasiment nuls en fin de grossesse ».

Selon la neurologue, le monitorage plasmatique est à initier au quatrième mois. Les dosages sont ensuite répétés « tous les mois et demi, voire tous les mois, si le niveau plasmatique en antiépileptique chute rapidement ».

L'ajustement est à gérer au cas par cas, selon les médicaments utilisés et le risque de convulsions lié aux variations des niveaux plasmatiques. « Il faudra parfois, de manière préventive, remonter les doses, alors que la patiente n'a pas eu de crise », précise l’épileptologue.

« Un dosage est idéalement à effectuer avant la grossesse pour avoir le taux de référence en antiépileptique permettant d’obtenir une épilepsie équilibrée chez la patiente ».

Un risque de convulsion constant

« Le principal facteur prédictif est l'état d'équilibre de l'épilepsie avant la grossesse, notamment le mois qui précède la conception. Une épilepsie auparavant bien équilibrée aura tendance à le rester pendant la grossesse, si le monitorage plasmatique est bien mené. » De même, une épilepsie déséquilibrée est plus difficile à stabiliser.

« Pendant longtemps, on a considéré que le risque de convulsions et de déséquilibre est plus élevé pendant le premier trimestre. Or, selon le registre EURAP, il reste constant tout au long de la grossesse. »

En cas de déséquilibre survenant lors du premier trimestre, il n'est pas recommandé de modifier le traitement, en raison du risque tératogène élevé pendant cette période. Selon le Pr Dupont, il est possible de « recourir momentanément à un traitement par benzodiazépines ».

 
Si besoin, au cinquième mois, un deuxième médicament peut être ajouté pour équilibrer l'épilep-sie, en restant sur des doses faibles. Pr Sophie Dupont
 

Après le premier trimestre, la chute des taux plasmatiques en antiépileptique peut être compensée en majorant le traitement antiépileptique. « Si besoin, au cinquième mois, un deuxième médicament peut être ajouté pour équilibrer l'épilepsie, en restant sur des doses faibles ».

Pendant l'accouchement, le risque de crise, alors redoutée par ces femmes, n'est pas négligeable. Une convulsion apparait, en effet, dans 3,5% des cas. S'il n'y a pas d'indication concernant l'accouchement déclenchée ou la césarienne, « la péridurale est, en revanche, hautement recommandée ».

Ensuite, après la naissance de l'enfant, « il ne faut pas oublier de revoir le traitement, lorsque celui-ci a été modifié en cours de grossesse. Les doses doivent alors à nouveau être réduites, en retournant, le cas échéant, vers une monothérapie. »

Le Pr Sophie Dupont a déclaré des liens d’intérêts avec les laboratoires USB, GSK et Novartis.

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