Antidiabétiques oraux pendant la grossesse : interdits à jamais ou pas?

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

3 avril 2017

Le problème est que les données de 2015 ne sont elles-mêmes pas à l’abri de toute critique. Elles proviennent certes d’un effectif de quelque 110 000 femmes traitées pour diabète gestationnel, mais sont basées sur les dossiers de compagnies d’assurance privées, très incomplets.

« Ces résultats sont limités : ils ne sont même pas ajustés pour l’IMC », a relevé le Pr Anne Vanbergue (diabétologue, CHRU de Lille).

Dans ces conditions, faut-il systématiquement priver les femmes des avantages du traitement oral en termes de facilité d’utilisation et d’observance ? « Les inconvénients classiques de l’insuline sont plus importants chez la femme enceinte », a rappelé le Pr Senat.

Le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens lance son étude

Avant la publication des résultats de Castillo, la question a été posée dans une étude française, dont les résultats n’ont malheureusement pas pu être présentés au congrès de la SFD, mais sont annoncés pour bientôt.

Il s’agit de l’étude INDAO (Comparaison INsuline/DAOnil dans le traitement du diabète gestationnel), essai randomisé mené par le CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français) sur un programme hospitalier de recherche clinique (PHRC) chez 900 patientes dans 15 centres français, visant à tester l’hypothèse de la non-infériorité du glibenclamide sur l’insuline en termes de complications néo-natales (macrosomie, hypoglycémie et hyperbillirubinémie).

« L’étude a été menée dans des populations plutôt précaires », a indiqué le Pr Senat, c’est-à-dire là où l’on attend le plus de difficultés avec l’insulinothérapie.

Dans ces conditions, le glibenclamide présente-t-il un intérêt ? Au contraire, le message ne serait-il pas plutôt de renforcer l’éducation thérapeutique sur l’utilisation de l’insuline ? Et quelle devrait être la place du choix individuel des patientes dans l’équation ?

Les résultats d’INDAO tempèreront peut-être les inquiétudes actuelles sur l’impact du glibenclamide sur le nouveau-né. Mais en attendant, mieux vaut sans doute s’en tenir à l’insuline chez une femme enceinte.

Les questions d’apprentissage et d’observance sont certainement bien réelles. Mais peut-être qu’une meilleure articulation entre gynécologues, qui cherchent évidemment les solutions les plus simples pour leurs patientes, et diabétologues, qui ont appris depuis longtemps à relativiser les difficultés de l’insulinothérapie, serait un premier pas.


Et la metformine ?

On peut peut-être encore douter de l’intérêt du glibenclamide versus l’insuline dans le diabète gestationnel, mais face à la metformine, on ne doute plus. Le taux de conversion à l’insuline est de 50%. La molécule passe parfaitement la barrière placentaire. Elle est associée à une augmentation du taux de prématurité.

Pour couronner le tout, le Pr Vanbergue a signalé que différentes études comportant un suivi des enfants nés de mère traitée par metformine durant la grossesse, montrent des enfants plus grands et plus gros à 12-18 mois que les enfants de mère traitée par insuline, ainsi qu’une augmentation de la masse grasse sous-cutanée à 2 ans, alors même que la masse grasse totale n’est pas augmentée.

Il n’est pas possible d’affirmer que ces anomalies dans la répartition de la masse grasse auront des conséquences ultérieures, en termes d’incidence du diabète. Le Pr Vanbergue a néanmoins rappelé qu’il existe une transmission intergénérationnelle du diabète de type 2, et qu’il faut se poser la question de l’impact du traitement antidiabétique maternel, et de l’éventuel conditionnement fœtal, non seulement chez le nouveau-né, mais aussi plus tard, chez l’adolescent et le jeune adulte.

 

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