33% de sur-risque de diabète sous statine chez la femme âgée

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

28 mars 2017

Brisbane, Australie – Les femmes âgées qui prennent des statines ont un risque augmenté de développer un diabète, selon une étude longitudinale menée par des chercheurs de l’Université du Queensland (Australie) [1]. Très exactement, les australiennes de plus de 75 ans ont, en moyenne, 33% de sur-risque de diabète sous statine, atteignant 50% avec les plus fortes doses. Conclusion logique des chercheurs : « Les femmes âgées ne devraient pas prendre de fortes doses de statines compte-tenu de l’effet dose-réponse des statines sur l’apparition d’un diabète. Et celles qui sont sous statines doivent être surveillées avec attention et bénéficier d’un dosage régulier de la glycémie et d’une gestion appropriée de cet effet secondaire. Une dé-prescription peut aussi être envisagée »

Risque diabétogène des statines : mal étudié chez les femmes âgées

Le rationnel de l’étude australienne est simple et s’appuie essentiellement sur deux constats. Primo, de nombreuses études ont mentionné un risque accru de diabète chez les patients sous statines – du moins les plus puissantes, avec des chiffres variables mais qui, semble-t-il, pourraient avoir été sous-estimés. L’étude de population finlandaise METSIM (Metabolic Syndrome in Men), menée au sein d’une cohorte de 8749 hommes indemnes de diabète à l’inclusion, retrouvait ainsi l’an passé un risque relatif de diabète à l’issue d’un suivi de près de 6 ans de 46%, soit bien plus que les 10-15% décrits jusqu’à présent (voir encadré). Deusio, très peu d’études sur les statines ont inclus des femmes, et encore moins des femmes âgées, qui représentent pourtant une population très consommatrice de ce type de molécules – et alors même que le travail d’Annie Culver montrait un risque accru de 48% chez les femmes post-ménopausées de la WHI [2].

8372 femmes nées entre 1921 et 1926

Pour avoir une idée plus précise du risque de développer un diabète, les chercheurs se sont appuyés sur une cohorte de femmes intitulée Women’s Health Australia, suivies tous les 3 ans depuis 1996, et sur une base de données de prescription médicamenteuse. Ils ont retenu les femmes nées entre 1921 et 1926. Au final, 8372 femmes ont participé à l’analyse. Le critère primaire de l’étude était la survenue d’un diabète – défini par la prescription d’un traitement hypoglycémiant ou d’insuline – entre le 1er janvier 2003 et le 31 juillet 2013. Pour s’affranchir d’un certain nombre de biais, les femmes diagnostiquées pour un diabète avant 2003 ont été exclues, de même que celles qui ont développé la pathologie dans la période de 8 mois suivant l’initiation du traitement par statine. Les participantes ont par ailleurs été classées dans les analyses en fonction de la dose de leur statine.

De plus, pour parfaire les analyses, les chercheurs :

- ont ajusté leurs résultats sur de nombreux facteurs confondants : âge, tabac, alcool, éducation, état de santé général, mobilité.

- ont tenu compte de 4 grandes classes de médicaments co-prescrits et susceptibles d’interférer : les molécules du système rénine-angiotensine ; les bêta-bloquants ; les antithrombotiques et les diurétiques.

- ont mené une analyse en fonction de la dose de statine prescrite, de l’index de masse corporel, de la réalisation ou non d’un dosage de la glycémie en routine.

- ont adopté la même démarche pour deux autres classes de médicaments suspectées d’avoir un lien avec l’apparition d’un diabète, à savoir les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) et les anti-arthrosiques, enfin de constituer un contrôle négatif.


Risque de diabète sous statine : les données actuelles

Le risque diabétogène des statines n’est pas une nouveauté, quoique pas nécessairement équivalent d’une statine à l’autre .

En 2010, une méta-analyse portant sur 13 essais et plus de 90 000 patients est venue confirmer la notion d’un risque, chiffré à 9% sur une période de 4 ans. En septembre 2014, cette méta-analyse sera d’ailleurs réactualisée (20 études, 130 000 patients), avec un risque de néo-diabète atteignant 12% sur 4,2 ans.

Après ces résultats, le risque de diabète a été inclus dans les mentions légales, des deux côtés de l’Atlantique. Et en décembre 2014, l’ANSM publiait un point d’information rappelant qu’à ses yeux, et à ceux de la FDA, « cette augmentation du risque de survenue de diabète de 9 à 15% n’est pas de nature à remettre en question le rapport bénéfice/risque de cette classe thérapeutique qui reste positif dans la prévention cardiovasculaire selon les indications définies pour chacune de ces statines » [3], faire de distinguo selon l’âge.

Le mécanisme par lequel les statines augmentent le risque diabétogène a, par ailleurs, été partiellement décrypté ( voir notre article ).

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