Des insecticides courants à l’origine de troubles du comportement chez l’enfant ?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

13 mars 2017

En parallèle, les taux élevés de 3-PBA (produit de dégradation d’une vingtaine de pyréthrinoïdes) dans les urines des enfants étaient associés à un sur-risque de comportements d’externalisation (p=0,04). Toutefois, les taux élevés de trans-DCCA étaient associés à un moindre risque de comportement d’externalisation.

 
Les enfants avec les taux de métabolites les plus élevés avaient trois fois plus de risque d’avoir des comportements anormaux ou limites.
 

Globalement, les enfants avec les taux de métabolites les plus élevés avaient trois fois plus de risque d’avoir des comportements anormaux ou limites (RR=2,93, IC 95% 1,27 à 6,78). Et ceux qui avaient des concentrations en métabolites intermédiaires avaient près de deux fois plus de risque d’avoir des comportements anormaux ou limites (RR=1,91, IC95% 0,8 à 4,57).

Rationnel scientifique et limites

D’après les scientifiques, plusieurs mécanismes pourraient entrer en jeu dans cette association entre les pyréthrinoïdes et les troubles des comportementaux des enfants. L’augmentation de l’influx de sodium induit par les pyréthrinoïdes pourrait affecter la plasticité synaptique via la modulation du facteur neurotrophique dérivé du tissu cérébral (BNP). En outre, l’exposition aux pyréthrinoïdes pourrait altérer le transport de la dopamine et avoir un impact sur la microanatomie cérébrale et les circuits cholinergiques/dopaminergiques.

Parmi les limites de l’étude, les chercheurs indiquent que le caractère observationnel de l’étude ne permet pas de démontrer la causalité entre l’exposition aux pyréthrinoïdes et les troubles du comportement des enfants.

 
L’exposition environnementale de la population générale à des petites quantités de certains pyréthrinoïdes pourrait être associée à des troubles du comportement chez les enfants – Les auteurs
 

En outre, le fait que les métabolites des pyréthrinoïdes soient éliminés par le corps en quelques jours seulement et de façon variable selon les enfants rend l’évaluation de l’exposition chronique à ces insecticides difficile.

« Toutefois, nous ne sommes pas très inquiets sur le fait que les concentrations de métabolites dans les urines sont le reflet d’une exposition chronique. Quand nous comparons les concentrations de la maman et ce qu’elle déclare être ses habitudes d’utilisation, nous voyons une forte corrélation », a expliqué le Dr Viel pour Medscape édition française.

Au final, si les auteurs conviennent que leurs résultats devront être confirmés par d’autres travaux, ils concluent que : « l’étude suggère que l’exposition environnementale de la population générale à des petites quantités de certains pyréthrinoïdes pourrait être associée à des troubles du comportement chez les enfants. »

Et ensuite ?

Jean-François Viel a indiqué qu’une partie des enfants participaient désormais à une étude d’IRM fonctionnelle qui cherche notamment à évaluer s’il existe une corrélation entre le niveau d’exposition aux pyréthrinoïdes et les données d’imagerie.
Un autre volet de l’étude sera également consacré à l’association entre l’exposition aux pyréthrinoïdes et le développement de la puberté.

 

Les auteurs n’ont pas de liens d’intérêts en rapport avec le sujet.

 

REFERENCES:

1. Occup Environ Med. Published online March 1, 2017. Full text

2.Viel JF, Chevrier C. et coll. Pyrethroid insecticide exposure and cognitive developmental disabilities in children: The PELAGIE mother–child cohort. Environment International Volume 82 , September 2015, Pages 69–75

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