Des insecticides courants à l’origine de troubles du comportement chez l’enfant ?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

13 mars 2017

Une très bonne prise en compte des facteurs de biais

Dans cette nouvelle analyse, l’exposition aux insecticides pyréthrinoïdes a été estimée par le dosage de cinq métabolites classiques (3-PBA, 4-F-3-PBA, cis-DCCA, trans-DCCA et cis-DBCA) dans les urines de la mère (recueillies entre la 6ème et la 19ème semaine de grossesse) et de l’enfant (recueillies à son 6ème anniversaire). Les chercheurs ont ensuite tenté de savoir s’il existait un lien entre l’exposition prénatale et pendant l’enfance et des troubles du comportement qui suggèreraient une toxicité neurodéveloppementale.

Sur les 3421 femmes enceintes enrôlées dans la cohorte PELAGIE (Bretagne, voir encadré) entre 2002 et 2006, au final 287 ont participé à l’analyse complète.

En pratique, les mères ont répondu à un questionnaire détaillé sur leur statut socioéconomique, leur mode de vie, le comportement de leur enfant et les différentes sources d’expositions environnementales possibles.

Aux 6 ans des enfants, deux psychologues se sont rendues à leur domicile. L’une a procédé à l’évaluation comportementale de l’enfant. L’autre a caractérisé l’environnement et les stimulations familiales ayant possiblement un rôle sur le développement intellectuel de l’enfant, a procédé au recueil d’un échantillon d’urines de l’enfant et collecté des échantillons de poussières (pour la recherche de plomb).

Le comportement des enfants a été évalué grâce à trois sous-échelles du questionnaire sur les points forts et les points faibles SDQ ( Strenghts and Difficulties Questionnaire ) :

- altruisme (comportement social) ;

- troubles d’internalisation (inhibition, manque de confiance, anxiété, incapacité à partager les problèmes et à demander de l’aide…) ;

- troubles d’externalisation (comportement impulsifs, perturbateurs, déficit d’attention, hyperactivité, comportements d’opposition…).

Au final, trois métabolites (trans-DCCA, cis-DBCA et cis-DCCA) ont été retrouvés fréquemment dans les urines des mères (100%, 68% et 65% respectivement) et de leurs enfants (96,5%, 85% et un peu moins de 65%, respectivement).

La cohorte PELAGIE

L’étude PELAGIE (Perturbateurs Endocriniens : Étude Longitudinale sur les Anomalies de la Grossesse, l’Infertilité et l’Enfance) a été mise en place pour répondre aux préoccupations dues à la présence de composés toxiques dans nos environnements quotidiens. Il s’agit d’un suivi d’environ 3 500 mères-enfants réalisé en Bretagne depuis 2002. L’impact d’expositions prénatales à des contaminants (solvants, pesticides) sur le développement intra-utérin a été suggéré ; l’évaluation des conséquences sur le développement de l’enfant est en cours.

Triplement des troubles du comportement chez les enfants les plus exposés

Après ajustement pour de multiples facteurs de biais (exposition aux insecticides organophosphorés, au tabagisme passif, au plomb, QI maternel, niveau d’éducation, activités sportives extrascolaires, heures de sommeil des enfants…), il est ressorti de l’analyse que les niveaux de cis-DCCA urinaires maternels les plus élevés étaient associés à un risque plus élevé de comportement d’internalisation à 6 ans (p=0,05).

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