Caféine, ritaline ou modiodal : quels effets chez les joueurs d’échec ?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

13 mars 2017

Mainz, Allemagne – Pour la première fois, des chercheurs allemands et suédois ont testé dans un essai randomisé, en double aveugle, versus placebo, la prise de substances neuro stimulantes comme le méthylphenidate (Ritaline®), le modafinil (Modiodal®) et la caféine chez des joueurs d’échecs confirmés. Les résultats montrent un net effet dopant des deux premières molécules, justifiant leur interdiction par la Fédération mondiale d’échecs. Elles améliorent les performances des joueurs, au prix d’une augmentation de leur temps de réflexion. « L’effet est équivalent, pour une partie donnée, à celui d’avoir les pièces blanches, ce qui confère au joueur qui effectue le premier mouvement 5% de chance supplémentaire de gagner » explique le Pr Klaus Lieb (département de psychologie de l’Université de Mainz), dernier auteur de l’article. La caféine suit la même tendance mais n’atteint pas le seuil de significativité. Les résultats ont été publiés dans European Neuropsychopharmacology [1].

Booster ses fonctions cognitives

Il existe toute une flopée de substances – légales et disponibles en OTC (comme la caféine) ou sur prescription (comme le méthylphenidate et le modafinil) mais parfois utilisés hors AMM ou bien carrément illégales (amphétamines, ecstasy, etc) – censées booster les méninges. Il n’est pas rare que certains en consomment avant un examen pour lutter contre la fatigue ou en vue d’augmenter leur créativité. Et effectivement, des recherches ont montré que ces produits peuvent améliorer les performances de sujets en dessous de leur niveau en les ramenant à la normale. En revanche, on ne sait pas vraiment dans quelle mesure ces molécules peuvent « muscler » les fonctions cognitives de sujets qui « fonctionnent » déjà très bien d’un point de vue cérébral et leur permettre de « sur-performer » à la manière des dopants agissant sur la condition physique des athlètes.


Mode d’action des 3 stimulants testés

Le méthylphénidate est un inhibiteur de la recapture des catécholamines qui augmente la dopamine extracellulaire et la noradrénaline dans les régions préfrontales, en se fixant à leurs transporteurs respectifs. Des effets stimulants ont été observés sur la mémoire de travail et la vitesse de traitement alors que les effets sur l’attention et la vigilance sont mitigés.

Le modafinil est un agent psychostimulant agissant comme pilule de l’éveil, dont les mécanismes ne sont pas totalement connus. De la même façon que le méthylphénidate, il agirait comme inhibiteur de la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, avec des effets annexes sur d’autres neurotransmetteurs comme la sérotonine, le glutamate, le GABA, etc. Le modafinil serait efficace sur l’attention, l’éveil et la vigilance.

Contrairement au méthylphénidate et au modafinil, la caféine n’exerce pas majoritairement ses effets sur le système dopaminergique, mais agit plutôt comme un antagoniste non sélectif en bloquant les récepteurs à l’adénosine, soit les sous-types A1 et A 2A. La caféine stimule l’activité cérébrale via une libération plus forte de noradrénaline, ce qui augmente le niveau d’attention et d’alerte pour des tâches simples, l’encodage et la vitesse de réponse. En revanche, ses effets sur la mémoire sont discutés.

Temps de réflexion moyen augmenté sous psychostimulant

Sous la houlette du Pr Lieb, les chercheurs ont recruté 39 joueurs d’échecs. Il s’agissait d’hommes appartenant à des Fédérations nationales, âgés de 37 ans en moyenne, n’ayant pas de de pathologies connues, ni d’addiction. Ils étaient par ailleurs non-fumeurs (ou ex-fumeurs sevrés depuis au moins 5 ans). Tous se sont vus administrer une dose de l’une des 4 substances : méthylphenidate (20 mg), modafinil (200 mg), caféine (200 mg) et placebo à 9 heures du matin après un petit déjeuner standard.

Après la réalisation d’un certain nombre de tests neuropsychologiques (PVT, TMT , test de Stroop , etc), les joueurs expérimentés ont affronté le fameux logiciel Fritz 12 lors de 10 parties de 15 minutes chacune, après que celui-ci ait été ajusté au niveau de chacun. Une deuxième séquence identique (repas, tests, nouvelle administration de médicaments, le même que le matin et à la même dose) a eu lieu l’après-midi, suivie à nouveau par 10 parties d’échec contre le logiciel. L’étude a été menée en « cross-over » sur 4 jours espacés d’une semaine, de façon à ce que chaque joueur prenne les 4 substances (dont le placebo).

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