Méditation et musique réduiraient le déclin cognitif chez des sujets à risque d’Alzheimer

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

28 février 2017

Un effet à 3 mois, maintenu à 6 mois

A 3 mois, chacun des participants des deux groupes présentait une amélioration conséquente et significative de ses performances cognitives et mémorielles (MFQ, DSST, TMT-A/B, P ≤ 0,04) par rapport à l’entrée dans l’étude. Ces gains se sont maintenus, voire améliorés, à 6 mois ( P ≤ 0,006). A la fin de l’étude, 55% des participants ont affirmé avoir moins d’inquiétudes concernant leur mémoire par rapport au début de l’étude.

Dans les deux groupes, les taux d’adhésion aux 2 types d’intervention ont été élevés et les taux d’abandon faibles (92% des participants ont été au bout des 12 semaines et 88% ont pratiqué pendant 6 mois).

Les résultats n’ont été affectés ni par le sexe, l’âge, le statut pondéral, les antécédents de dépression/anxiété, le nombre de facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer, les performances cognitives à l’état basal ou les modifications de traitement.

Quand on compare à d’autres études du même type, mais avec des populations différentes, les bénéfices observés ici sont similaires ou supérieurs à ceux rapportés avec de des exercices classiques, du Tai Chi, de l’entrainement cognitif, ou d’autres multi-interventions chez des adultes âgés avec ou sans atteinte cognitive. De façon intéressante, ces résultats, et en particulier ceux du groupe KK – cohérents avec d’autres études utilisant les mêmes techniques – montrent un effet plus marqué sur les fonctions cognitives que ce qui est obtenu avec la méditation de pleine conscience (mindfulness). Les chercheurs n’ont pas d’explication claire si ce n’est une meilleure observance avec la méditation KK, en raison de sa durée courte. Ils avancent aussi son aspect actif et multimodal faisant intervenir de façon coordonnée chant, mouvement et visualisation (voir encadré Kirtan Kriya).

Effet protecteur contre le stress, le vieillissement et l’inflammation

Les mécanismes par lesquels méditation et musique agissent sont eux aussi encore mal compris, mais pourraient faire intervenir différentes voies. L’équipe de Kim Innes a ainsi montré (et publié) que ces deux types d’intervention ont amélioré le sommeil, l’humeur, le stress, le bien-être et la qualité de vie des participants, avec des bénéfices plus marqués chez ceux qui pratiquaient la méditation KK, suggérant une connexion entre un mieux d’ordre psycho-social et des améliorations sur le plan cognitif [2]. Là aussi, les bénéfices étaient significatifs à 3 mois, plus importants dans le groupe méditation KK, et maintenus voire améliorés à 6 mois.

On sait aussi que musique et méditation peuvent promouvoir des modifications cérébrales d’ordre structurel et fonctionnel (voir encadré ci-après) avec des répercussions possibles sur les processus cognitifs, la mémoire, la régulation émotionnelle et la récompense. Un effet protecteur contre le stress, entrainant un maintien de la longueur des télomères a été évoqué, de même qu’une atténuation de l’expression de gènes impliqués dans le stress oxydatif et le vieillissement cellulaire. Enfin, bien que les études soient éparses, méditation et musique semblent agir dans le sens d’une réduction de l’inflammation.

Au final, malgré des limites évidentes comme l’absence d’aveugle et de possibles biais (volontaires jeunes, éduqués et motivés ; effet de l’entrainement ; etc), « cette étude pilote suggère que la plainte de mémoire préclinique peut être une fenêtre idéale pour une intervention thérapeutique chez les adultes à risque de maladie d’Alzheimer », écrivent les auteurs. Sous réserve, comme toujours, que d’autres études confirment le bénéfice potentiel de la méditation KK et de la musique.

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