POINT DE VUE

Doxycycline après exposition aux IST : le buzz de la CROI

Pr Gilles Pialoux

Auteurs et déclarations

28 février 2017

Le blog du Pr Gilles Pialoux – Infectiologue

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Le risque d’une augmentation des IST, hors VIH, avec la PrEP, a suscité d’abondantes polémiques. D’un côté l’étude ANRS IPERGAY , qui montrait une efficacité de la PrEP vis-à-vis du VIH, ne montrait pas de modification des comportements – la « désinhibition » que l’on pouvait craindre. De l’autre, l’épidémiologie s’inquiète malgré tout d’une hausse des IST chez les homo et bisexuels masculins.

La réponse proposée est de compléter la prophylaxie post-exposition par Truvada®, par de la doxycycline.

Durant la phase ouverte d’IPERGAY, une sous-étude a été menée pour évaluer la prophylaxie par 200 mg de doxycycline, prise jusqu’à 72 heures après exposition. Les sujets ont été randomisés entre un bras prenant de la doxycycline à la demande, et un bras ne prenant pas de doxycycline. Les résultats ont été présentés à la CROI par le Pr Jean-Michel Molina (hôpital Saint Louis, Paris).

« Comme dans tous les essais de PrEP, des taux très élevés d’IST ont été relevés à l’inclusion », note le Pr Pialoux : de 14 à 19% d’infection par gonocoque, chlamydiae ou tréponème.

Deux-cent-soixante-seize patients ont été inclus ; dans chaque bras, 106 ont complété l’étude. Le risque relatif d’infection dans le bras doxycycline, par rapport aux sujets qui ne prenaient pas d’antibiotique, est de 0,53 : « une réduction assez considérable », commente le Pr Pialoux.

L’impact de la doxycycline dépend du germe. Vis-à-vis du gonocoque, la prophylaxie n’a pas d’effet significatif, « comme on pouvait s’y attendre du fait du taux de résistance important du gonocoque aux tétracyclines », précise le Pr Pialoux.

Vis-à-vis des chlamydiae, la réduction du risque est de 70%, et vis-à-vis de la syphilis, de 73%.

Le niveau de tolérance est par ailleurs « excellent », de même que le niveau d’adhésion, avec 83% de prise de doxycycline post-exposition.

Enfin, « il n’a pas été observé de désinhibition », ni en termes de nombre de rapports, ni en termes de risque des rapports.

« L’idée de prophylaxie post-exposition a été émise dans les années 1940 », indique le Pr Pialoux. La sous-étude d’ANRS IPERGAY, présentée à la CROI, est une « preuve de concept ».

« Il faudra mener des études supplémentaires, sur les données de résistance aux antibiotiques ».

Le Pr Pialoux ajoute que « pour le moment, il n’y a pas de raison de recommander cette prophylaxie, mais que les résultats de l’étude « ouvrent la porte à une technique de prévention ».

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