Sécurité des vaccins : quand Trump remet en cause la parole des scientifiques

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

21 février 2017

Etats-Unis, France — Le président américain Donald Trump malmène les faits, y compris scientifiques. La vaccination en est un exemple emblématique. Sur la base de mauvais arguments, Donald Trump et l’activiste anti-vaccin Robert F. Kennedy Jr ravivent l’épineuse question de la sécurité de cette méthode prophylactique. Une attitude qui n’est surement pas pour clarifier le débat sur la vaccination – qui fait déjà l’objet d’un certain scepticisme dans la population.

La commission sur la sécurité des vaccins toujours d’actualité

La semaine dernière, le démocrate Robert F. Kennedy Jr., avocat spécialisé dans le droit environnemental a tenu une conférence de presse, en compagnie de l’acteur Robert De Niro, pour réaffirmer que le projet de le nommer à la tête d’une commission sur la sécurité des vaccins était toujours d’actualité [1,2]. L’homme, fervent pourfendeur du thiomersal (ou thimérosal), un produit chimique contenant du mercure – et auteur d’un bestseller intitulé « Thimerosal: Let the Science Speak » – continue sa croisade contre cet adjuvant retiré du marché depuis plus de 10 ans et dont les liens avec l’autisme n’ont pas été établis (voir encadré). En janvier dernier, le neveu de John Kennedy était, en effet, sorti de la Trump Tower en déclarant que le nouveau président de la Maison Blanche lui avait demandé de présider la commission d'enquête sur la “vaccine safety and scientific integrity.” "He asked me to chair a commission on vaccine safety and scientific integrity, I said I would." ("Il m'a demandé de présider la commission sur la "vaccine safety and scientific integrity" et j'ai dit que je le ferai.").

La commission sera composée d’«Américains de la plus grande intégrité, n’ayant jamais exprimé d’opinions sur la question » rassemblés pour « examiner ce que dit la science », a-t-il confirmé il y a quelques jours.

Bien qu’ayant critiqué la campagne de Donald Trump, la rencontre entre les deux hommes n’est pas si surprenante quand on connait les prises de position du président américain. Depuis plusieurs années, celui-ci défend, via son compte Twitter et lors de débats télévisés ou au sénat – et dont le site Mashable propose un florilège [3] – le lien entre vaccination et atteintes neurologiques. Le magnat base ses affirmations sur une recherche bâclée menée par Andrew Wakefield, qui a publié en 1998 dans la prestigieuse revue The Lancet , une étude de douze cas d’enfants atteints d’un syndrome atypique peu de temps après l’injection du vaccin ROR avant qu’il soit démontré que l'étude avait été mal exécutée et le chercheur radié.

Faut-il avoir peur du thiomersal ?


Le thiomersal est un produit chimique comprenant l’éthylmercure, que l’on a soupçonné d’avoir des effets toxiques, en particulier neurologiques et rénaux, ce qui n’a pas été démontré par la suite, mais qui, par précaution, suivant un mouvement engagé aux Etats-Unis, et dans plusieurs pays, dont la France, a été retiré des vaccins par les fabricants à la demande de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et n’est donc plus utilisé depuis les années 1990.

« A l’heure actuelle, tous les vaccins recommandés en routine chez les enfants sont dénués de thiomersal, ou le contiennent sous forme de traces, à l’exception de certains vaccins anti-grippaux », selon la FDA [5].

De son côté, l’Agence Européenne d’Evaluation des Médicaments (EMEA) a souligné en 2007 que les résultats des études épidémiologiques ne montraient pas d’association entre la vaccination avec des vaccins contenant du thiomersal et la survenue de troubles neurologiques, tels que l’autisme ou des troubles du langage [6]. Précisant que d’un point de vue toxicologique, les vaccins contiennent des doses minimes de thiomersal, entre 0,003% et 0,01%, soit au maximum 25-50µg/dose. A ces doses, et dans la situation et les conditions d’emplois, tout risque de toxicité est a priori exclu.

En France, un seul vaccin commercialisé actuellement contient du thiomersal (vaccin SPIROLEPT, contre la leptospirose), selon le site mesvaccins.net

Ce que dit votre médecin n’est pas de la science

«What your doctor says is not science». Pour Robert F. Kennedy Jr, qui n’a de cesse de défendre sa cause, tous les arguments sont bons, y compris les théories de type complotiste. En ligne de mire, les médecins, les journalistes, "Big Pharma" – qui aurait délibérément tenté d'empoisonner les enfants avec des vaccins –, avec la complicité du gouvernement américain, et en particulier le CDC (Centers for Disease Control and Prevention). Pas question, selon l’activiste, de faire confiance à l’organisme officiel, celui-là et d’autres, en raison, dit-il, de ses liens très étroits avec les compagnies pharmaceutiques pourvoyeuses de vaccins.

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