Les antibiotiques pourraient diminuer l’efficacité de l’immunothérapie des cancers

Aude Lecrubier, Nick Mulcahy

Auteurs et déclarations

22 février 2017

Orlando, Etats-Unis -- Prendre des antibiotiques avant une immunothérapie anticancéreuse par inhibiteurs de checkpoints (type inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1) est associé à une perte de chances pour les patients, selon une petite étude française, la première en son genre [1]. Ces résultats suggèrent, comme d’autres travaux auparavant, que la diversité du microbiote influence la réponse aux thérapies anticancéreuses.

L’étude a inclus 80 patients atteints de carcinome rénal métastatique traités par des inhibiteurs de checkpoint : inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 en monothérapie, associations d’inhibiteurs de PD-1 et de CTLA-4 ou d’I-PD-L1 + bévacizumab (Avastin, Genentech).

Près de 80 % des patients étaient traités par nivolumab (Opdivo, BMS) seul ou en association avec l’inhibiteur de CTLA-4 ipilimumab (Yervoy, BMS).

La majorité des patients étaient des hommes (65 %), atteints de cancers avec une histologie à cellules claires (88%), et avaient déjà subi une néphrectomie (80%). Selon le consortium académique IMDC (International Metastatic Renal Cell Carcinoma Database Consortium), 21 % des patients avaient un faible niveau de risque, 57 % un niveau de risque intermédiaire et 22 % un niveau de risque élevé.

Une survie sans progression fortement diminuée

Au final, l’étude montre que la maladie a progressé plus rapidement chez les patients qui avaient reçu des antibiotiques à large spectre au cours du mois précédant l’initiation du traitement anticancéreux (n=16) versus ceux qui n’en avaient pas reçu.

 
Ces données soulèvent une hypothèse. Je n’éviterais certainement pas de traiter une infection -- Dr Sumanta Pal
 

Après ajustement pour différents facteurs de risque comme l’âge, le niveau de risque et l’évolution tumorale, la survie sans progression moyenne était respectivement de 2,3 mois vs 8,1 mois (p<0,001), a indiqué l’auteur principal de l’étude, le Dr Lisa Derosa (Gustave Roussy, Villejuif, France) lors d’une conférence de presse durant le Genitourinary Cancers Symposium (GUCS) 2017 à Orlando.

Le Dr Sumanta Pal (oncologue médical, Hope, Etats-Unis), modérateur de la présentation, a toutefois appelé à interpréter ces résultats avec prudence : « ces données soulèvent une hypothèse et n’ont pas encore d’implication sur le plan clinique […] Je n’éviterais certainement pas de traiter une infection. »

D’autres études prospectives seront nécessaires pour confirmer ou infirmer cette hypothèse, a commenté, pour sa part, le Dr Derosa qui insiste, elle aussi sur le fait qu’il serait prématuré de « limiter les antibiotiques. »

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