Test sanguin ISET pour diagnostiquer un cancer : attention à la surpromesse

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

16 février 2017

Paris, France — Depuis la sortie du livre du Pr Patrizia Paterlini-Bréchot (Université Paris Descartes, CHU Necker) « Tuer le cancer » dans lequel elle raconte les années de recherche à l’origine du test sanguin de dépistage des cellules tumorales circulantes ISET®, le test fait le buzz dans les médias [1]. Est-ce justifié ? Qu’apporte réellement ce test désormais commercialisé en France pour 436 euros, non remboursé et dont l’utilité clinique est contestée ? Les réponses des Prs Jean-Yves Pierga, oncologue à l’Institut Curie et Norbert Ifrah, chef du service d’hématologie au CHU Angers et président de l’INCa.

Pr Jean-Yves Pierga

Medscape édition française : Quel est le principe du test ISET ?

Pr J.-Y. Pierga : Actuellement, il y a plusieurs façons de rechercher cette maladie circulante. Les deux principales sont la détection des cellules tumorales circulantes et celle de l’ADN tumoral circulant. Pour détecter les cellules tumorales circulantes, il existe, là encore, plusieurs techniques, l’une développée par le Pr Patrizia Paterlini-Bréchot s’appuie sur un système de filtre qui permet de récupérer les cellules cancéreuses en raison de leur plus grosse taille par rapport aux autres. Il s’agit du test ISET® (Isolation by SizE of Tumor cells, Rarecells). En parallèle, d’autres technologies utilisent des anticorps pour repérer les biomarqueurs exprimés à la surface de ces cellules tumorales circulantes, comme le test CellSearch® (Janssen Diagnostics). En tout, il existe une cinquantaine de technologies basées sur ces deux grands principes.

Le test ISET en quelques dates :

2000 : Première publication dans l'American Journal of Pathology par l'équipe du Pr Paterlini-Bréchot.

2005 à 2008 : le test ISET est distribué par l'entreprise Metagenex.

2009 : Metagenex rend les licences du procédé ISET à ses développeurs : l'INSERM, l'Université Paris Descartes et l'AP-HP.

2010 : Patrizia Paterlini-Bréchot fonde la société Rarecells qui obtient la licence exclusive du test. Le test a plusieurs indications selon le fabricant : bilan d’extension du cancer, détection précoce de récidives, évaluation de la réponse aux traitements au stade invasif. Si un sujet qui n’a pas de cancer veut passer le test, il doit d’abord signer un consentement éclairé et avec son médecin prescripteur qui, lui, doit fournir une attestation d’information (document disponible sur le site de Rarecells).

23 janvier 2017 : Patrizia Paterlini-Bréchot publie le livre « Tuer le cancer » (sous-titré « La femme qui révolutionne la lutte contre le cancer ») dans lequel elle raconte les années de recherche qui ont mené à la conception du test.

Medscape : Où en sont exactement les recherches sur ces tests sanguins ?

J.-Y Pierga : La plus grande partie des recherches concerne des formes avancées de cancers. Il a été montré que pour des formes métastasées, plus le nombre de cellules tumorales circulantes (CTC) est élevé, plus l’espérance de vie des patients diminue (poumon, prostate, sein). Elles seraient donc un facteur de mauvais pronostic. Ces données ont été assez bien reproduites quelle que soit la technologie.

En revanche, il y a moins de données sur la possibilité de détecter ces cellules en l’absence de métastases. Les travaux de Marius Ilié et Paul Hofman à Nice utilisant la technique ISET qui sont mis en avant par le Pr Paterlini-Bréchot concernent principalement le cancer du poumon. Ils ont montré qu’à des stades sans métastase, si l’on trouvait beaucoup de CTC dans le sang, il y avait plus de risque de récidive. Toutefois, ces cellules peuvent être détectées dans le sang sans que des métastases se développent et à l’inverse, il peut y avoir des métastases sans que l’on ait détecté de cellules tumorales circulantes. Statistiquement, en présence de CTC, le risque de récidive et de métastases est plus élevé. Mais, à l’échelon individuel, il est plus difficile de faire des prédictions.

Les résultats niçois sont intéressants mais, ils ne permettent pas d’affirmer que ce test peut dépister le cancer.

Quid de l’utilité du test ISET pour le dépistage du cancer en général ?

Jusqu’ici, une seule étude, menée par le Pr Hofman a suggéré que le test ISET pouvait avoir un intérêt dans le dépistage [2]. Elle a montré que chez des patients qui n’avaient pas de cancer connu mais qui étaient à risque de cancer du poumon (BPCO), la présence de CTC était prédictive d’un cancer. Cette première étude est importante mais ne permet pas de conclure de façon définitive car les patients chez lesquels aucune CTC n’avait été détectée n’ont pas bénéficié du même suivi rapproché par imagerie que les autres. Les résultats niçois sont intéressants mais, ils ne permettent pas d’affirmer que ce test peut dépister le cancer.

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