POINT DE VUE

Dormir sans somnifères : les conseils de Patrick Lemoine, psychiatre

Dr Patrick Lemoine

Auteurs et déclarations

17 mars 2017

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Enregistré le 31 janvier 2017, à Paris

TRANSCRIPTION

Bonjour,

Je m’appelle Patrick Lemoine, psychiatre, et je travaille sur le sommeil et ses troubles.

L’inscription au 10 avril 2017 du zolpidem [Stilnox® et générique] sur la liste des stupéfiants sonne le glas, du moins je l’espère, de toute cette classe thérapeutique dite « des tranquillisants et des somnifères ».

Pourquoi je l’espère ? Parce que tout cela repose sur une escroquerie intellectuelle. En latin, le terme de somnifère veut dire « qui porte le sommeil ». Or, il ne s’agit pas de sommeil, mais d’anesthésie légère. Lorsqu’on dort naturellement — on verra comment on peut y arriver un peu plus loin — on a énormément de fonctions qui s’activent, notamment sur le plan immunitaire, métabolique et de la mémoire. On sait également que les sujets qui sont privés de sommeil, que ce soit volontairement ou de manière pathologique, sont plus à risque de diabète, d’obésité, de maladies auto-immunes, d’hypertension et de problèmes de mémoire. Il est donc important de dormir le temps qu’il faut, mais naturellement, car il est bien montré maintenant que dormir sous somnifères fait qu’on n’a pas tous les bénéfices attendus du sommeil.

Je pense que de gré ou de force les médecins seront bientôt amenés à abandonner ce réflexe pharmacologique instantané qui est encore extrêmement répandu en France. N’oublions pas que ce sont des molécules énormément prescrites et pour lesquelles les recommandations de l’HAS ne sont pas suivies, puisque normalement, c’est quatre semaines pour les somnifères et trois mois pour les tranquillisants, alors qu’on voit énormément de sujets qui ont ces molécules depuis des années, voire des décennies. Ceci est inquiétant. Dans une étude de [2014] menée en Angleterre [1], on a étudié environ 100 000 sujets pendant en moyenne 7,6 ans — c’est-à-dire entre 3 mois et 15 ans. Après avoir supprimé tous les facteurs statistiques confondants, il a été montré qu’on a presque deux fois plus de chances de mourir lorsqu’on est sous tranquillisants. C’est donc un acte grave qu’on ne devrait réserver qu’aux cas extrêmement importants, en cas d’échec de toutes les techniques et pour quelques nuits seulement.

Dormir sans somnifères

Alors, me direz-vous, « comment faire pour dormir sans somnifères ou sans benzodiazépines ? ». C’est très simple :

  • Dans le cas de l’insomnie d’endormissement : prescrivez une heure de réveil stricte, plus précoce. Au bout de quelques nuits raccourcies vers le bas, la nature fait son travail et fait qu’on a sommeil plus tôt le soir. Nul besoin à ce moment-là de prendre tout ce genre de saloperie chimique. On peut également rajouter de l’efficacité en donnant de la mélatonine le soir —  la mélatonine étant utilisée sans modération, c’est une molécule naturelle qu’on sécrète tous, tous les soirs, et qui a également des effets antioxydants et pro-métaboliques. La mélatonine marche en gros dans 60 % des cas et est particulièrement intéressante pour les sujets qui ont des difficultés pour s’endormir. Et c’est encore mieux si on la couple à une exposition à la lumière le matin, dès le réveil, à une heure un peu plus précoce que [ce que] le sujet souhaiterait.

  • En cas de réveils nocturnes et de réveil matinal trop précoce, on peut également utiliser la mélatonine. Actuellement, on voit même arriver dans le commerce des compléments alimentaires des mélatonines en spray, qui ne sont pas encore beaucoup testées, mais qui en théorie sont logiques puisqu’elles passent directement dans le cerveau — des fosses nasales au cerveau — et devraient avoir un effet rapide.

Les plantes sont aussi très importantes. Trois ont été validées — certaines ont une AMM européenne et sont prescrites sur ordonnance en Espagne et en Belgique. Je pense à la passiflore, qui est la mieux validée, également à l’escholtzia et à la valériane.

Il y a aussi les thérapies cognitives et comportementales , avec :

  • en premier lieu, l’hygiène des rythmes : réveil toujours à la même heure

  • tout ce qui refroidit, le soir c’est bon ; tout ce qui réchauffe, le matin c’est bon

  • tout ce qui ne stresse pas le soir, c’est bien.

  • on évite toute lumière bleue le soir, car elle bloque la mélatonine, donc pas de tablette, pas d’écran d’ordinateur, pas de téléphone portable. Rien avec du bleu — même pas une diode bleue dans la chambre. Tout cela est très important pour restaurer le sommeil.

  • retrouver le conditionnement « lit = dodo », parce que quand on se couche, c’est soit pour s’aimer, soit pour dormir. Il est important d’arrêter, surtout pour les personnes âgées, de tricoter, de manger, de papoter, d’écosser des petits pois au lit — j’ai tout vu avec les personnes âgées, certaines qui se mettent au lit parfois à 18h30 pour se lever à 10h, et qui évidemment ne dorment pas beaucoup lorsqu’elles sont au lit.

Il faut donc rétablir ce réflexe conditionné « lit = dodo ». On évite le stress le soir, on donne des plantes, de la mélatonine et on dort !

 

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