Cœur et stress oxydatif : la nicotine des e-cigarettes n’est pas anodine

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

13 février 2017

Des effets cardiovasculaires, oui, mais quid d’une augmentation du risque CV ?

Par ailleurs, Aruni Bhatnagar, chercheur en médecine cardiovasculaire (Université de Louisville, Etats-Unis), émet, dans un éditorial, des réserves sur le mécanisme proposé par les auteurs [3]. Il pointe du doigt le fait que la variabilité de la HRV et l’oxydation des LDL sont, à son sens, « des indices indirects de l’atteinte cardiovasculaire », et qu’il « reste à définir dans quelle mesure ces modifications représentent une augmentation du risque CV ». Il indique aussi que beaucoup de travaux, non cités par les auteurs de l’article, ont montré que « la basse fréquence de la HRV n’est pas une mesure fiable de l’influence du système sympathique ou du combiné sympathique/parasympathique dans le cadre de la HRV ». Et il précise que la façon dont « des changements de la HRV seule puissent être des indicateurs d’atteinte cardiovasculaire substantielle n’est pas clairement établie ».

Il reconnait, néanmoins, que les « modifications persistantes de la HRV observées chez les utilisateurs de cigarettes électroniques renforcent l’idée que la nicotine, qu’elle soit délivrée par des cigarettes à combustion ou des e-cigarettes, n’est pas une substance anodine mais pourrait avoir des effets secondaires significatifs au niveau cardiovasculaire ».

Ce n'est donc probablement pas cette étude qui permettra de clore le débat entre les « activistes de la santé publique pour qui la cigarette électronique représente un outil supplémentaire dans l’arsenal du contrôle du tabac et de la réduction des risques » et ceux qui « s’interrogent sur la façon dont le large usage de la e-cigarette pourrait avoir un impact sur la prévalence de l’addiction à la nicotine et la mortalité prématurée liée à la consommation de tabac. »


E-cigarette et réduction des risques

Evidemment, la question essentielle tourne autour du risque pour la santé liée à la e-cigarette. L’éditorialiste rappelle à ce propos que « parce qu’elle ne contient pas de tabac, ni n’en consume, la cigarette électronique est dénuée (ou délivre en quantité beaucoup plus limitée) la plupart des composants toxiques libérés par la combustion du tabac. Ces dispositifs ne génèrent que peu ou pas de goudron et de monoxyde de carbone et seulement des traces de métaux et autres composants toxiques en abondance dans les cigarettes classiques ». C’est la raison pour laquelle « les pro-cigarettes électroniques arguent que beaucoup des pathologies liées l’usage de la cigarette classique, comme le cancer du poumon, l’emphysème et les pathologies cardiaques, ne sont possiblement pas associées à une utilisation à long-terme de la cigarette électronique ».

Un argument qui a permis au gouvernement anglais de déclarer, avec l’accord du Royal College of Physicians, que les cigarettes électroniques sont 95% moins toxiques que le tabac à fumer. Beaucoup plus modéré, le porte-parole de l’ESC considère, lui, que : « même après cette étude, les cigarettes électroniques peuvent continuer à être utilisées pour aider les gens à arrêter le tabac, mais qu’elles doivent être utilisées avec prudence et que d’autres méthodes doivent être essayées en premier [3]. »

 

Ce travail a bénéficié de financements sous forme de bourses en provenance des organismes suivants : American Heart Association, National Institute of Environmental and Health Sciences, and Irma and Norman Switzer Dean’s Leadership in Health and Science Scholarship program. Les auteurs et l’éditorialiste n’ont pas fait état de liens d’interêt financiers pertinents.

 

REFERENCES :

  1. Moheimani RS, Bhetraratana M, Yin F et al, Increased Cardiac Sympathetic Activity and Oxidative Stress in Habitual Electronic Cigarette Users Implications for Cardiovascular Risk. JAMA Cardiol. 2017, doi:10.1001/jamacardio.2016.5303

  2. Bhatnagar A. Are Electronic Cigarette Users at Increased Risk for Cardiovascular Disease? JAMA Cardiology 2017, Published online February 1.

    Electronic cigarettes are not harmless, study shows . Communiqué ESC 2017, 1er février 2017.

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