Nouveau suicide à l’HEGP : personnels et syndicats sous le choc

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

9 février 2017

Au moment où nous publions cette information, nous apprenons par Le Figaro que, concernant le suicide du Pr Mégnien en décembre 2015, l’inspection du travail vient de conclure à un «homicide involontaire». De plus, elle «met en cause la direction de l’hôpital et vient de saisir le procureur de la République».

Paris, France — C’est encore une fois dans l’enceinte de l’Hôpital Européen Georges-Pompidou (HEGP), un peu plus d’un an après le suicide du Pr Jean-Louis Megnien, qu’un personnel soignant s’est donné la mort.

« Aucun signe avant-coureur »

Dans la nuit du dimanche au lundi 6 février, alors qu’il n’était pas en service cette nuit-là, un infirmier à la suppléance, Emmanuel, s’est rendu sur son lieu de travail pour se défenestrer du 8ème étage.

Âgé d’une trentaine d’années, ce soignant, marié, était père de deux enfants.

Un comité hygiène sécurité et conditions de travail (CHSCT) extraordinaire s’est tenu le 6 février dans la matinée, et une enquête est diligentée par la direction de l’HEGP, tandis que la cellule d’analyse des suicides a été saisie, informe par communiqué la direction de l’hôpital parisien.

Pour les agents qui en ressentent le besoin, une cellule d’écoute a été mise en place. Au sortir du CHSCT, la direction a estimé « qu'il n'y avait eu aucun signe avant-coureur, aucune alerte particulière concernant l'agent ou l'équipe à laquelle il appartenait ».

Marisol Touraine , ministre de la santé et des affaires sociales, a apporté tout « son soutien aux équipes de l'établissement ainsi qu'à l'ensemble des professionnels de santé, endeuillés par ce drame ».

Dégradation des conditions de travail

Côté personnel et syndicats, c’est la consternation. Le syndicat CGT de l’HEGP, sous le choc, note dans un communiqué que « nous sommes frappés par le fait qu’Emmanuel soit revenu à l’hôpital pour se tuer, en dehors de ses heures de service, et en tenue de travail ». Le syndicat CGT rappelle que son acte s’ajoute à plusieurs autres similaires à l’AP-HP ces derniers mois. Et d’ajouter : « La dégradation des conditions de travail au jour le jour, les horaires déstructurés, la diminution des moments d’échanges humains et de fraternité dans les services, entrainent fatigue, stress, souffrance ».

Leurs enquêtes sont les réponses faciles de nos directions comme un cache-sexe à leurs manquements -- Sud Santé

Sur son site , le syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI) note qu’il s’agit du sixième suicide de soignants depuis l’été dernier. Il établit un lien entre cette épidémie et les « restructurations sauvages de certaines directions d’établissement », en particulier « le plan de désorganisation du temps de travail imposé par la direction générale de l’AP-HP en septembre dernier […] l’alternance imposée 15 jours du matin suivis de 15 jours d’après-midi ».

Le syndicat Sud santé de l'AP-HP rappelle lui aussi que ce décès « vient malheureusement s'ajouter à la déjà trop longue liste des suicides de professionnels hospitaliers . À chaque fois les instances, leurs enquêtes sont les réponses faciles de nos directions comme un cache-sexe à leurs manquements ».

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