Cancérologie : 10 choses à ne pas faire quand on parle avec un patient

Dr Catherine Desmoulins

Auteurs et déclarations

2 février 2017

3. Ne donnez pas une fausse réassurance

Les travaux de Calman chez le cancéreux ont fait émettre l’hypothèse que la qualité de vie en oncologie est l’espace entre les attentes et le monde réel. Le corps parle au patient et il est « juste ». En étant faussement rassuré, le sujet aura dans un premier temps le sentiment d’aller mieux mais ensuite son corps va parler et cela va générer de l’anxiété. Il y a une façon de parler, le médecin n’est pas obligé de se comporter comme un sauvage. Donner le vrai diagnostic permet au patient d’être en phase avec son corps.

En l’absence de réassurance, comment faire face à la peur ? L’organisation et l’efficacité de la prise en charge sont un bon moyen de lutter contre l’anxiété répond le Dr Ostacoli et contre son propre sentiments de tristesse. Enfin, si vous doutez encore, élargissez votre vision sur la vie et considérez la maladie comme un processus naturel.

4. N’ayez pas peur des émotions

Les émotions sont des ressources et non pas des faiblesses. Si on regarde la tristesse d’une autre manière, on peut faire sortir 70 % des personnes de leur dépression, avance le Dr Ostacoli.

En présence d’émotions, ne réagissez pas immédiatement, tenez 10 secondes sans rien faire, cela prouve aussi au patient qu’on ne va pas l’abandonner. Et vous n’êtes pas seul face au patient, il y a aussi tout le système de soin. Avec cette stratégie, vous ne ferez pas de burnout, avance le psychiatre qui a rappelé au passage que le burnout débute quand on se coupe du patient.

5. Ne prenez pas uniquement les symptômes pour ce qu’ils sont

 
Les émotions sont des ressources et non pas des faiblesses.
 

Les symptômes ne sont pas que des symptômes. Le maître-symptôme du cancer est l’asthénie et non pas la souffrance. L’asthénie contribue au détachement progressif du malade, à la discrimination entre ce qui est vraiment important et le superflu, une façon pour le patient de mieux prendre soin de lui. C’est un symptôme à double visage. Le patient va donner plus d’importance au relationnel, réduire son activité extérieure, rechercher un sens à sa vie.

Même chose pour la perte d’appétit. Ne persécutez pas les malades avec : « Vous devez manger ! ». Le manque d’appétit a différentes étiologies.

6. Ne mettez pas la responsabilité la plus lourde sur la personne la plus fragile

Qui est le plus fragile, le patient ou ses proches ? Les proches pensent et ressentent comme des personnes en bonne santé. Ils ne ressentent pas les symptômes et ne sont pas en train de faire un travail de recherche sur le sens de la vie. Ne mettez pas le poids sur les plus faibles, à savoir l’entourage. Cela crée une fracture car les proches sont dans le secret et ils ne peuvent pas parler librement. Les proches sont dans une vie « extérieure » avec des obligations, des projets, ils ne sont pas dans une vie intérieure. Mieux vaut créer des « Self helped groups », groupe de soutien entre malades, sans participation des proches.

En résumé, donnez le même niveau d’information au patient et au proche, cela fait 20 ans que je constate l’impact d’une telle stratégie. Car le plus fort est le patient lui-même.

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