Fibromyalgie : quel rôle pour le psychiatre ?

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

25 janvier 2017

Tout est question de présentation. « Si l’on veut se débarrasser d’un patient fibromyalgique, il suffit de lui dire d’aller voir un psychiatre. Il n’ira pas, et ne reviendra pas », plaisante le Dr Perrot. Il ne s’agit pas de rajouter un maillon à une histoire d’errance médicale généralement déjà fort longue.

Avec le psychiatre aussi, il y a une manière de procéder : il n’est pas une ressource par défaut. Le Dr Corentin Rabu (psychiatre, Hôpital Henri-Mondor, Créteil) semble ainsi regretter que « le patient soit adressé au psychiatre par l’interniste lorsque celui-ci n’a rien trouvé ».

La fibromyalgie n’est pas une maladie psychiatrique, mais ses comorbidités psychiatriques sont une réalité.

Nommer, c’est (un peu) connaitre

« Le patient a d’abord besoin de reconnaissance », souligne le Dr Perrot. « Sa maladie est quelque chose de construit, pas d’artificiel »

C’est pourquoi les mots sont importants. Le Dr Perrot souligne qu’il faut donner le diagnostic chez l’adulte, avec pour premier effet de stopper l’errance médicale, et qu’à l’inverse, chez l’adolescent, il est « tout aussi important de ne pas prononcer le mot, pour ne pas enfermer dans une catégorie ».

Le diagnostic de fibromyalgie serait notamment un motif pour arrêter le sport, ce qui serait une catastrophe », faisant le lit des comportements d’évitement associés à la douleur, et qui chronicisent cette douleur.

Quant à l’appellation « syndrome d’hypersensibilité centrale », si elle n’apprend pas grand-chose de l’étiologie de la maladie, elle a au moins le mérite de permettre d’ouvrir la discussion.

« Il faut expliquer le défaut de régulation des sensations corporelles », insiste le Dr Rabu. « La notion est utile comme support de restructuration cognitive et facilite l’introduction du rôle de l’anxiété ».

Dans le cadre de la prise en charge, il est par ailleurs important « d’adresser un courrier au médecin traitant, d’éviter la multiplication des examens, et de prévoir des rendez-vous courts, et fixes ».

Enfin, s’agissant du traitement, il faut distinguer le traitement de la comorbidité psychiatrique de celui des symptômes de la fibromyalgie, poursuit le Dr Rabu. « Il faut cibler une dimension prédominante, et coupler le traitement à un objectif comportemental ».

Les traitements doivent par ailleurs être introduits à des posologies faibles, et il faut s’armer de patience, puisque les réponses ne sont pas observées avant 6-8 semaines. Enfin, il peut être utile de monitorer les dosages plasmatiques.

 

REFERENCE :

  1. Fibromyalgie : quel est le rôle du psychiatre ? 15ème Congrès de l’Encéphale. Paris, 19 janvier 2017.

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