Burn-out des médecins hospitaliers : le plan d’action de l’Igas

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

20 janvier 2017

Paris, France — Le 17 décembre 2015, le Pr Jean-Louis Megnien se suicidait dans son bureau de l’hôpital européen Georges Pompidou (HEGP). Un drame national, et une prise de conscience violente des risques psychosociaux qu’endure le personnel médical. Le 16 février 2016, la ministre de la santé Marisol Touraine commandait à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) un rapport sur les risques psychosociaux des personnels médicaux, en vue de la mise en place d’un plan d’action. C’est ce rapport qui a été remis mi-décembre à Marisol Touraine [1]. Touffue, cette étude comporte 31 recommandations, saluées par les principaux syndicats de médecins hospitaliers. Les risques psychosociaux (RPS), causés aussi bien par des exigences insurmontables au travail, des exigences émotionnelles, peuvent avoir des conséquences tragiques, pouvant aller jusqu’au suicide.

De nombreux facteurs favorisant le burn-out en hausse

En France, regrettent les auteurs du rapport, les RPS des personnels médicaux sont un phénomène peu étudié.

Quoi qu’il en soit, une thèse datant de 2013 consacrée aux médecins hospitaliers établit que le taux de burn-out des médecins français serait compris entre 38 et 52%. Selon une autre étude datant de 2008, le taux de suicide chez des médecins en Allemagne, Australie, et Finlande est le double de celui de la population générale.

Les personnels médicaux sont donc particulièrement exposés aux RPS, d’autant que de nombreux PUPH et PH entendus par les rapporteurs ont fait état de situations de harcèlement. Face à ces cas de détresse psychologique, les médecins ont tendance à ignorer les médecins du travail, « souvent par manque de reconnaissance et de confiance ».

S’agissant de l’environnement, les auteurs notent que les différentes réformes mises en place à l’hôpital (réformes de 1991, 1996, loi du 4 mars 2002, loi HPST de 2009, loi de modernisation de notre système de santé de 2016…) ont amené des modifications profondes dans l’organisation du travail : prise en charge accélérée, charge de soins plus lourde, patients mieux informés… Et la mise en place des groupements hospitaliers de territoire (GHT) fait craindre de nouvelles désorganisations, facteurs de RPS…

Autre situation à même de susciter des risques psychosociaux : le manque d’implications des personnels médicaux dans la gestion des établissements de santé.

 
Les différentes réformes mises en place à l’hôpital ont amené des modifications profondes dans l’organisation du travail. Et la mise en place des GHT fait craindre de nouvelles désorganisations, facteurs de RPS.
 

« Dans cinq systèmes de santé européens (Allemagne, Italie, Norvège, Pologne et Royaume- Uni), les médecins sont impliqués dans les différents niveaux de gestion : direction, intermédiaire et proximité », contrairement à ce que l’on peut relever en France. Aussi, très peu de médecins sont formés au management, ce qui, là encore, est facteur de risques.

Des dispositifs mais un manque de visibilité

Pourtant, note les rapporteurs, de nombreux dispositifs existent d’ores et déjà pour prévenir les risques psychosociaux. Qu’il s’agisse de la HAS, des ARS, des établissements de santé et de leurs instances comme le Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT)…

Mais, à l’instar du médiateur de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur (Enes), ces dispositifs souffrent d’une absence de visibilité auprès de la population médicale concernée. Ou bien les démarches demeurent trop rares. Ainsi, suite au décret du 20 septembre 2013 sur les commissions régionales paritaires, la mission n’a identifié que trois régions – Bretagne, Bourgogne, Rhône-Alpes – à avoir lancé des travaux sur la prévention des risques professionnels.

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