Antidote du dabigatran dans la vraie vie : nos questions au Pr Jean-Claude Deharo

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

16 janvier 2017

Paris, France — L'idarucizumab (Praxbind®, Boehringer Ingelheim), antidote de l’anticoagulant oral direct dabigatran (Pradaxa®, Boehringer Ingelheim), a obtenu une autorisation temporaire d'utilisation (ATU) de cohorte, de novembre 2015 à février 2016. Il est aujourd’hui disponible pour une utilisation dans le cadre hospitalier ou en situation d’urgence (Article L162-16-5-2, accès médicament après ATU).

Pr Jean-Claude Deharo

Lors des Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie (JESFC) 2017, Medscape a interrogé le Pr Jean-Claude Deharo sur l’utilisation de l’idarucizumab, sur le terrain, au CHU de Marseille, depuis fin 2015.

L'idarucizumab est un fragment d'anticorps monoclonal humanisé (Fab) avec une très forte affinité pour le dabigatran. En se liant à l’anticoagulant oral direct, il neutralise son effet antithrombotique.


Medscape : L’idarucizumab est disponible depuis un peu plus d’un an à l’hôpital. L’avez-vous beaucoup utilisé ?

Pr Jean-Claude Deharo : A Marseille, nous avons l’un des centres d’urgences les plus importants d’Europe. Pourtant, en tant que membre du comité d’utilisation du Praxbind, je sais que nous ne l’avons jamais utilisé. Cela ne signifie pas que le produit est inutile mais qu’il est rarement indiqué.

Nous avons l’impression que les indications absolues, lorsque le patient saigne ou qu’il doit être opéré en urgence sont rarissimes. Grâce à la durée d’action très brève des anticoagulants oraux directs, nous n’en avons généralement pas besoin.

Medscape : Quelles sont les indications où l’idarucizumab peut avoir son utilité ?

Les services neurovasculaires pour les hémorragies intracérébrales, ou même pour la thrombolyse d’un patient qui prend des anticoagulants peuvent en avoir besoin. De même, les services de médecine d’urgence peuvent les utiliser pour les polytraumatisés sous AOD. Je crois qu’il y a des indications mais, je plaide pour qu’elles soient raisonnées.

Medscape : Faut-il craindre un sur-emploi, comme on l’entend parfois évoquer ?

Oui, il faut craindre le sur-emploi. Il ne faudrait pas utiliser Praxbind pour des raisons de confort, d’organisation. Par exemple, si un patient est programmé pour une opération et qu’il a oublié d’arrêter son traitement, mieux vaut repousser l’intervention plutôt que d’administrer l’antidote. Il faut que le médicament reste dédié aux indications absolues.

Dans l’étude REVERSE-AD , le Dr Pollack et coll. indiquent que l’administration de l’idarucizumab est associée à un taux d’événements thrombotiques à 30 jours de 4,5 %. Est-ce problématique ?

Je pense que ce taux indique plutôt que l’idarucizumab a été utilisé chez un malade qui en avait besoin en aigu et qu’après coup, l’indication d’anticoagulation a été revue et conduisant soit à un arrêt de l’anticoagulation, soit à une diminution des doses, soit à un changement d’anticoagulation. Je ne pense pas du tout que ce soit l’antidote qui soit en cause parce que son délai et sa durée d’action sont très courts.

Les études comme REVERSE-AD sont intéressantes mais je pense qu’il faudrait qu’en France, on créé un observatoire de l’utilisation du Praxbinb pour savoir dans quel cadre il est utilisé et comment il est utilisé.

Note de la rédaction : D’après un rapport de la HAS datant de mai 2016, « les données disponibles ne permettent pas d’estimer l’impact direct de l’idarucizumab en termes de morbi-mortalité par rapport aux traitements symptomatiques actuels. »

 

Le Pr Deharo a des liens d’intérêt avec les laboratoires qui commercialisent les AOD : Bayer, Boerhigner, Pfizer, Daiichy.

REFERENCE:

  1. Entretien réalisé au cours des JESFC 2017 à Paris.

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