Fibromyalgie : première enquête épidémiologique française

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

3 janvier 2017

Comorbidités et facteurs aggravants : l’injustice au premier plan

En termes de comorbidités somatiques, l’arthrose était particulièrement présente (49 %) devant l’hypothyroïdie (15 %) et l’endométriose (11 %).

Les principales comorbidités psychologiques étaient le sentiment d’injustice (77%) principalement en rapport avec la maladie, les troubles cognitifs comme les troubles de l’attention, de la concentration et de la mémoire (62 %), l’anxiété (52 %) et la dépression (48 %).

Une maladie toujours en quête de reconnaissance

Que met-on derrière le mot injustice ? La réponse est vaste, cela va du sentiment d’injustice d’avoir cette maladie, voire même d’un sentiment d’injustice qui pourrait être lié à un traumatisme dans l’enfance (Dr Patrick Giniès, anesthésiste/réanimateur, CHU Montpellier) jusqu’au sentiment de ne pas être entendu, diagnostiqué, traité correctement par la communauté médicale.

Rappelons qu’à la demande du Député de l’Oise, Patrick Carvalho, une commission d’enquête de 30 membres sur la fibromyalgie a évalué les conditions de la reconnaissance de cette maladie et de sa prise en charge potentielle en affection longue durée (ALD). Reconnue en 1992 par l’OMS comme maladie rhumatismale, la fibromyalgie n'est toujours pas considérée comme une maladie longue durée par la sécurité sociale et n'est donc pas inscrite sur la liste des ALD. Par conséquent, les malades sont pris en charge de manière inégale selon l’avis des médecins conseils.

Le rapport remis à l’Assemblée nationale en octobre 2016 fait 20 propositions dont celle d'inclure la fibromyalgie dans la liste des pathologies complexes ouvrant droit à une majoration de tarification pour les consultations de généralistes et de garantir la reconnaissance de l’ALD aux cas sévères et coûteux en soins de manière homogène sur le territoire national.

Le sentiment d’injustice d’ailleurs était un facteur de sévérité de la fibromyalgie.

« Il ne faut surtout pas oublier les troubles cognitifs qui font partie des critères de sévérités de la fibromyalgie et la forte proportion de ce sentiment d’injustice chez les patientes, qui nous a étonné », a souligné le Pr Laroche.

Les facteurs perçus comme aggravants étaient les activités fatigantes (94 %), les conflits (90 %), les blessures physiques (84 %), les changements de météo (80 %) et les déplacements (80 %).

Impact important des caractéristiques professionnelles

Les caractéristiques professionnelles étaient les suivantes :

-1/3 d’activité à temps plein ;

-22 % de temps partiel thérapeutique ;

-28 % de sans emploi.

Globalement, 27 % touchaient des indemnités chômage, 14 % le RSA et 31 % une pension d’invalidité (catégorie 2 : 61 %).

En tout, un nombre important avait été arrêté dans leur activité professionnelle au cours des 12 mois précédents (65 %) et souvent pour des périodes de longue durée. Les patientes à temps plein étaient, notamment, arrêtées 37 jours en moyenne dans l’année « ce qui est énorme », souligne le Pr Laroche.

Il ne faut surtout pas oublier les troubles cognitifs qui font partie des critères de sévérités de la fibromyalgie et la forte proportion de ce sentiment d’injustice chez les patientes, qui nous a étonné – Pr Laroche

Les critères (indépendants) associés à un arrêt de travail étaient le temps de trajet, la difficulté du travail, l’entrave au déroulement de la carrière, l’activité professionnelle sédentaire et les gestes répétitifs et la difficulté à faire reconnaitre la pathologie par l’entourage professionnel.

Alors que par le passé, les études avaient plutôt montré que les arrêts de travail étaient corrélés à l’intensité des symptômes (fatigue, mauvais sommeil…), l’enquête révèle que les facteurs professionnels semblent plus impactant.

La fibromyalgie était plus sévère si les revenus du foyer étaient faibles, si les patients avaient un temps partiel thérapeutique ou étaient sans emploi.

« Au vu de ces résultats, notre rôle en lien avec la médecine du travail devrait probablement être intensifié », a conclu l’oratrice.

Liens d’intérêts du Pr Laroche : interventions ponctuelles pour Pfizer, Grünenthal, Myla, Mundipharma et UCB.

REFERENCE:

  1. F. Laroche. La fibromyalgie dans la vraie vie. Congrès SFR. Séance plénière. 11 décembre 2016.

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