POINT DE VUE

Hémoglobinurie paroxystique nocturne: actualité thérapeutique

Pr Régis Peffault de La Tour

Auteurs et déclarations

20 janvier 2017

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En direct du congrès de l’American Society of Hematology (ASH) 2016, le Pr Régis Peffault de la Tour (Hôpital Saint-Louis) spécialiste en anaplasie médullaire, hémoglobinurie paroxystique nocturne (HPN) et greffe, présente l’actualité de l’HPN.

Transcription

L’hémoglobinurie paroxystique nocturne (HPN) est un déficit en inhibiteurs du complément, qui entraîne des thromboses, des aplasies médullaires et une forme hémolytique. Le traitement actuel des formes hémolytiques et des thromboses est l’éculizumab, qui inhibe la partie C5 du complément.

Nous avions publié en 2015 des résultats[1] assez étonnants chez les patientes enceintes sous éculizumab qui pouvaient pour la première fois avoir des enfants sans complications. Précédemment, sans l’utilisation de ce traitement, ces femmes avaient un risque d’environ 20% de thromboses et de décès au moment de l’accouchement. Durant ce congrès de l’ASH, nos collègues russes ont publié des résultats chez 14 patientes qui là encore ont eu 14 enfants en bonne santé, sans complications au moment de l’accouchement, grâce à ce traitement. Les enfants et les patientes n’ont pas eu de complications particulières, ce qui confirme les résultats qui avaient été publiés dans le New England [Journal of Medicine] l’année dernière. C’est vraiment une excellente nouvelle pour ces patientes qui peuvent enfin imaginer avoir une famille alors que cette éventualité était auparavant simplement impossible.

Il y eu aussi une communication importante de la part de l’équipe de Leeds sur les patients qui présentent à la fois une aplasie médullaire et une forme hémolytique. Pour l’instant, nous n’avions pas de référence publiée, et les gens faisaient finalement un peu selon leur expérience. Là, on s’aperçoit que pour les patients qui ont une forme aplasique et qui développent une forme hémolytique d’HPN, il n’y a pas de raison de ne pas utiliser d’inhibiteurs du C5, qui fonctionnent de la même façon que chez les patients qui n’ont pas d’aplasie. De plus, chez ces patients qui ont une HPN hémolytique et qui développent une aplasie au cours du temps, on a des résultats qui montrent que nous pouvons utiliser les immunosuppresseurs et l’association de sérum anti-lymphocytaire + cyclosporine chez ces malades avec l’éculizumab sans aucun problème, ces patients n’ayant aucun effet secondaire inattendu, et surtout des réponses qui sont exactement similaires à celles des patients qui n’ont pas d’HPN.  

Le troisième sujet brûlant actuellement dans l’HPN, c’est clairement les nouveaux traitements, mais aussi l’extension d’indications de l’éculizumab avec une forme « longue vie » dont les premiers résultats ont été présentés lors du congrès sous forme de poster. Chez les patients naïfs de tout traitement, on a des résultats encourageants qui montrent que nous pourrions passer d’injections toutes les 2 semaines à possiblement toutes les 4, voire 6 semaines, ce qui est vraiment un bénéfice important pour les patients en terme de qualité de vie. Ils vont pouvoir partir en vacances et finalement avoir une vie la plus normale possible.

Ce qui est aussi très encourageant, c’est la dynamique de traitement dans cette maladie avec l’avènement de nouvelles molécules. On peut citer par exemple l’ALN-CC5 qui est un inhibiteur siRNase − un inhibiteur de sécrétion des small RNA au niveau hépatique − et qui va permettre, chez les patients qui ne répondent pas de manière optimale sous éculizumab (environ 15%) et qui sont toujours transfusés, d’améliorer cette réponse.

Enfin, il y a un nouvel acteur dans le domaine, Apellis Pharmaceuticals qui une nouvelle biotech qui développe un médicament qui lui aussi va inhiber de façon beaucoup plus terminale le complément au niveau du C3, avec des résultats intéressants pour l’instant chez les donneurs sains − en tout cas chez les patients en bonne santé − et avec l’idée de traiter très rapidement des patients HPN.

Conclusion

Le congrès de l’ASH a été extrêmement prolifique en termes d’HPN avec :

  • une confirmation pour les femmes enceintes sous éculizumab, qui peuvent enfin fonder une famille sans risque de décès ou thromboses au moment de l’accouchement,

  • la possibilité de traiter à la fois le versant aplasique et le versant hémolytique, avec des résultats qui sont similaires à ceux des patients qui ont une seule des deux formes de la maladie,

  • et une dynamique très importante de nouveaux médicaments qui va permettre, j’en suis sûr, d’améliorer à la fois la réponse et la qualité de vie des patients HPN, qui finalement retrouvent quasiment la qualité de vie des non-malades.

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