Hypertension : pourquoi l’étude SPRINT ne fera pas changer les pratiques

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

21 décembre 2016

Paris, France — Présentée en novembre 2015 au congrès de l’ American Heart Association (AHA 2015), la grosse étude SPRINT semble être passée à la trappe un an après.

« SPRINT ne doit avoir aucune conséquences pour les recommandations ou les pratiques cliniques », a argumenté le Pr Sverre E. Kjeldsen (CHU d’Oslo, Norvège), invité par la Société Française d’HTA à donner la conférence inaugurale des 36ème Journées de l’Hypertension Artérielle [1].

SPRINT (Systolic Blood Pressure Intervention Trial) se présentait pourtant comme un travail spectaculaire : 9361 hypertendus de plus de 50 ans, randomisés entre une cible tensionnelle < 120 (traitement intensif) ou < 140 mm Hg (traitement standard).

 
SPRINT ne doit avoir aucune conséquences pour les recommandations ou les pratiques cli-niques. Pr Sverre E. Kjeldsen
 

Résultats, après 3 ans, une réduction de près d’un tiers du critère primaire (infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque incidente, AVC), et une réduction de plus d’un quart de la mortalité générale dans le groupe traité intensivement.

Le fait que le promoteur soit  le tout puissant NIH ajoute naturellement à l’impact. Le papier est ainsi accepté par le New England Journal of Medicine dans le mois qui suit sa soumission, et les résultats sont annoncés dans quelques journaux américains et européens deux mois avant la publication officielle.

Evidemment, quand une cible < 140 mm Hg est déjà parfois difficile à atteindre et souvent difficile à maintenir, la cible < 120 mm Hg apparait simplement irréaliste. Dans la publication les auteurs soulignaient d’ailleurs eux-mêmes toutes les difficultés de cet objectif.

Le problème est que toutes difficultés pratiques mises à part, c’est la conclusion qui serait fausse. Et pour plusieurs raisons, détaillées par le Pr Kjeldsen lors des JHTA.

 
Après 3 ans...une réduction de plus d’un quart de la mortalité générale dans le groupe traité intensivement.
 

Un protocole inédit de mesure de la PA au cabinet

La première de ces raisons est que la PA a été mesurée dans SPRINT d’une manière parfaitement expérimentale – on a, en somme, expérimenté en même temps un seuil et une technique de mesure que l’on pourrait considérer comme intermédiaire entre la mesure au cabinet et l’automesure.

SPRINT est à ce jour la seule étude ayant mesuré la PA avec un appareil automatisé (OMRON Healthcare 907), et, en principe du moins, en l’absence d’un expérimentateur en blouse blanche dans la pièce. Toutes les autres études HTA (ACCORD, SPS3, HOT, TROPHY, ONTARGET, TRANSCEND,…) ont mesuré la PA au cabinet par un expérimentateur. (Pour le détail, ACCORD a utilisé le même appareil, mais l’automatisme était désactivé : un opérateur était présent et déclenchait la mesure.

Il s’agit donc d’une mesure automatique, au cabinet mais sans officiant : les comparaisons avec les autres études, aussi bien que des extrapolations à la pratique clinique, où il y a bien un personnel de soins qui prendra la tension, sont donc franchement hasardeuses.

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