Contraception de la femme diabétique : stop aux idées reçues

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

14 décembre 2016

Columbus, Etats-Unis-- Une étude publiée dans Diabetes Care confirme que les femmes atteintes de diabète de type 1 ou 2 peuvent avoir recours à la contraception hormonale sans sur-risque thromboembolique notable [1].

A partir des données de remboursements maladie de 146 080 femmes diabétiques recueillies entre 2002 et 2011 (Clinformatics Data Mart), le Dr O’Brien Sara (Nationwide Children’s hospital, Columbus, Etats-Unis) et coll. ont estimé le risque absolu thromboembolique à moins de 17 événements pour 1000 femmes diabétiques/années, toute méthode de contraception hormonale confondue.

Pourtant, « même chez les femmes qui ont un diabète non compliqué (<20 ans de diabète et pas d’atteinte des organes cibles), il semble que les praticiens évitent les contraceptifs hormonaux combinés par peur des événements cardiovasculaires », expliquent-ils.

Dans leur étude, près des trois quart (72 %) des femmes diabétiques en âge de procréer (14 à 44 ans) n’avaient pas de prescriptions pour une contraception hormonale (donc hors préservatifs et DIU non-hormonaux).

 
Même chez les femmes qui ont un diabète non compliqué, il semble que les praticiens évitent les contraceptifs hormonaux combinés par peur des événements cardiovasculaires – Les auteurs
 

Les chercheurs soulignent qu’il s’agit d’un élément particulièrement inquiétant puisque chez la femme diabétique, la grossesse doit être programmée. En effet, il est clairement démontré qu’un mauvais équilibre glycémique en période pré- et péri-conceptionnelle augmente nettement le risque de malformations fœtales et les complications obstétricales et maternelles liées au diabète.

Or, l’absence de contraception dans cette population n’est pas une exception américaine. En France, en 1993 déjà, une étude indiquait que plus de la moitié des femmes diabétiques en âge de procréer n’utilisaient aucun moyen contraceptif [2]. Par comparaison, une enquête de l’Ined de 2012 indiquait que, dans la population générale, seules 3 % des femmes ne souhaitant pas une grossesse et en âge de procréer n’utilisaient pas de moyen contraceptif [3].

Quels moyens contraceptifs ?

Sur la période de 2002 à 2011, outre les 72 % de femmes qui n’ont pas eu de prescriptions pour une contraception, près d’un quart ont reçu une contraception contenant des œstrogènes, 4 % des progestatifs seuls et 1,5% ont reçu à la fois des contraceptifs contenant des œstrogènes et des progestatifs seuls.

Les auteurs précisent également que la majorité des femmes avaient eu des périodes sans contraception.

Quelles complications thromboemboliques ?

Globalement, 3012 événements thromboemboliques ont été dénombrés sur les 478 650 femmes/années d’observation. Les thromboses artérielles étaient plus fréquentes que les thromboses veineuses (67 %). Aussi, chez les femmes qui ont été victimes de thromboses artérielles, les AVC et les accidents ischémiques transitoires étaient plus fréquents que les infarctus du myocarde (41 % vs 26 % de l’ensemble des accidents thrombotiques).

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