Pfizer condamné à une amende record pour avoir surévalué le prix d'un antiépileptique

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

13 décembre 2016

Londres, Royaume-Uni — L’autorité de contrôle des marchés britannique (Competition and Markets Authority, CMA) a imposé à Pfizer une amende record de 107 millions de dollars, soit 99 millions, pour avoir délibérément augmenté le prix d’un médicament antiépileptique, l’epanutin, de plus de 2600 % [1]. Pfizer n’est pas le seul à s’être vu infligé une amende : pour les mêmes raisons, le laboratoire Flynn Pharma a écopé d’une amende de 5,2 millions de livres.

L’epanutin n’est guère fabriqué que par quelques firmes dont Pfizer. Au Royaume-Uni, son prix est passé de 2,83 livres à 67,50 livres en 2012, avant de baisser à 54 livres depuis mai 2014. Conséquence de cette hausse : la dépense annuelle afférente au remboursement de ce médicament par le National health service (NHS), la sécurité sociale britannique, est passée de 2 millions de livres en 2012 à 50 millions en 2013. Cette année-là, c’est en Grande-Bretagne que l’epanutin était le plus cher. Comment Pfizer est-il parvenu à ce résultat ?

Le médicament en question est l’epanutin, indiqué dans le contrôle des crises tonico-cloniques et psychomotrices et dans la prévention et le traitement des crises survenant pendant ou après la neurochirurgie. Son principe actif est la phénytoïne. L’epanutin est utilisé en Grande-Bretagne par quelque 48 000 patients atteints d’épilepsie.

Dérégulation

En septembre 2012, Pfizer a revendu les droits de ce médicament au laboratoire britannique Flynn, tout en continuant à le fabriquer. De fait, désormais libre de droit, l’epanutin n’était plus soumis à la régulation des prix imposé par le NHS. Et, en l’absence de concurrence, Pfizer et Flynn ont pu fixer très librement leur prix… à la hausse.

« Ces compagnies ont délibérément instrumentalisé la perte de droits pour augmenter le prix de ce médicament utilisé par plusieurs milliers de patients, a notamment déclaré Philip Mardsen, président l’autorité de contrôle de la concurrence britannique. C’est la plus importante amende que nous ayons jamais délivré dans ce genre de cas, et j’espère que le message que nous faisons ainsi passer est clair ».

Pfizer de son côté a adressé un communiqué de presse à l’Agence française de presse (AFP), pour annoncer qu’ils allaient faire appel de cette décision. Comme défense, Pfizer a argué que le prix de ce médicament, avant sa hausse, entrainait des pertes commerciales. L'autorité de la concurrence lui a alors répondu qu'en l'espace de deux mois, suite à la hausse du prix de ce médicament, toutes les pertes avaient été amorties.

Le laboratoire américain a également fait remarquer que le prix de commercialisation de la phénytoïne commercialisé en capsule par Flynn était entre 25 et 40% inférieur aux prix de son équivalent commercialisé en comprimé.

Le PDG de Flynn, David Fakes, qui devrait lui aussi faire appel de la décision de la CMA, a trouvé surréaliste d’être condamné alors que ses capsules sont moins chères que les équivalents en comprimés. L’autorité britannique de concurrence leur a aussi ordonné de baisser leur prix, une décision qui pourrait inciter certains patients consommateurs d’epanutin à poursuivre en justice les laboratoires, estimant avoir été floué par les prix trop élevés de ce médicament.

En février dernier, c’est le laboratoire GlaxoSmithKline qui avait été condamné à payer une amende de 27,6 millions de livres, pour avoir passé des accords avec des génériqueurs afin de retarder la fabrication de génériques de son antidépresseur block-buster Seroxat (paroxétine, Deroxat en France). D’autres condamnations devraient tomber incessamment sous peu, puisque la CMA mène actuellement quatre autres enquêtes dans le secteur pharmaceutique.

Le scandale du Daraprim

Le cas de l’épanutin a des précédents. Depuis quelques années, d’anciennes molécules généricables, dont le monopole de fabrication appartient à un, voire deux laboratoires, font l’objet de spéculations scandaleuses. Le cas le plus célèbre reste celui du Daraprim (pyriméthamine), un antiparasitaire utilisé notamment pour le traitement de la toxoplasmose cérébrale en association avec la sulfadiazine. Commercialisé aux États-Unis sous le nom de Daraprim, la pyriméthamine n’a plus de brevet, et peut donc faire l’objet de génériques.
En 2015, le laboratoire Turing Pharmaceuticals rachète les droits exclusifs de ce médicament prescrits chez des personnes atteintes du VIH, et multiplie par 55 son prix, passant de 13,55 dollars la pilule à 750 dollars. Cette situation a été rendue possible du simple fait qu’aucun générique n’a été commercialisé en 2015 aux États-Unis. Face au scandale provoqué par cette hausse du prix de ce médicament, Turing Pharmaceuticals décide in fine d’en baisser le prix.

 

REFERENCE:

1. CMA fines Pfizer and Flynn £90 million for drug price hike to NHS

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