POINT DE VUE

Infection VIH : on s’est trompé sur le patient zéro

Pr Gilles Pialoux

Auteurs et déclarations

1er décembre 2016

Le blog du Pr Gilles Pialoux – Infectiologue

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Les progrès de l’analyse moléculaire viennent confirmer ce que l’on soupçonnait fortement : le VIH circulait déjà aux Etats-Unis à la fin des années 70, vraisemblablement importé des Caraïbes. Gaëtan Dugas, steward québécois, que l’on accusait d’avoir introduit le virus aux Etats-Unis, est parfaitement hors de cause, et il faut se faire à l’idée qu’on ne retrouvera probablement jamais de patient zéro dans l’épidémie de VIH-Sida.

« Le patient zéro est un questionnement important dans les maladies infectieuses », souligne le Pr Pialoux. « Pour l’épidémie de SRAS, en 2002, on sait exactement qui, dans un hôtel de Hong-Kong, a été le point de départ de l’épidémie.  Pour Ebola, en 2013-2014, on sait aussi qu’un enfant de 2 ans, décédé en décembre 2013, a été le patient zéro de l’épidémie ».

Pour le VIH, « c’est plus compliqué ». L’histoire du Sida, telle que la racontent notamment Randy Shilts et Mirko Grmek dans leurs livres respectifs, s’entendent sur le nom de Gaëtan Dugas comme patient zéro, responsable de l’arrivée du VIH en Amérique du Nord. Selon un travail publié dernièrement dans Nature, l’affirmation est fausse [1].

Grâce à des techniques d’extraction d’ARN « novatrices », une équipe britannique, américaine et belge a pu préciser le contexte épidémiologique de la fin des années 1970 aux Etats-Unis. Dans plus de 2000 prélèvements sanguins effectués en 1978-1979, principalement à New-York et San-Francisco, dans le cadre d’un programme de suivi des infections sexuellement transmissibles chez des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les auteurs aboutissent à des chiffres de prévalence impressionnants : 7% de prélèvements positifs à San-Francisco, et 4% à New-York.

L’analyse de ces prélèvements, antérieurs aux faits attribués à Gaëtan Dugas, « l’innocente », relève le Pr Pialoux. Et surtout, elle met en évidence une diffusion du virus plus ancienne qu’on ne le supposait.

« On sait que les échanges sexuels entre les Caraïbes et les Etats-Unis ont joué un rôle important, que l’on a mal situé dans le temps », poursuit le Pr Pialoux.

Antérieurement encore, « on sait que le berceau du virus se situe en Afrique centrale, entre la République Démocratique du Congo et le Cameroun, mais on ne réussit pas à dater l’évènement, et il faut faire avec ce manque dans l’histoire. Il n’y aura probablement pas de patient zéro de l’histoire du Sida ».  

Enfin, pourquoi ce malheureux steward s’est-il retrouvé sous le coup d’une accusation très lourde ? La publication de Nature explique que Dugas, citoyen canadien, a vu son nom affecté de la lettre O dans les listings états-uniens – ce O signifiant « Out of California », dont le québécois n’était effectivement pas originaire. Il semble que ce O se soit ensuite transformé en 0 – l’histoire pourrait tenir à peu de choses…

 

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