N°1 des prescriptions au US, N°3 en GB : faut-il prescrire autant de lévothyroxine ?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

25 novembre 2016

Rochester, Etats-Unis En dépit d’une prévalence relativement faible (de 0,2 à 2,0%) et d’une incidence stable de l’hypothyroidie avérée, l’utilisation de lévothyroxine ne cesse de croitre aux Etats-Unis où il est devenu le médicament le plus prescrit. Cinq endocrinologues de la Mayo Clinic s’alarment dans le Lancet Diabetes Endocrinol de cette sur-utilisation, notamment en cas d’hypothyroïdie subclinique, et proposent de faire « volte-face » [1]. La France n’est pas en reste puisqu’en 2013, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) s’inquiétait elle aussi, dans un rapport, de la forte augmentation des ventes de la lévothyroxine au cours des 20 dernières années en pointant du doigt une utilisation « à vie », dans « des situations à la limite du bon usage » [2]. Constat sur les pratiques des deux côtés de l’Atlantique et propositions pour une prescription raisonnée.

Forte hausse des ventes au cours des dernières années

Etats-Unis : le nombre de prescriptions est passé de 97 millions en 2007 à 120 millions en 2014, la lévothyroxine est numéro 1 des ventes de médicaments [1].

Royaume-Uni : de 2,8 millions en 1998 à 19 millions en 2007 et 29 millions en 2014. La lévothyroxine est le 3 eme médicament le prescrit au R-U [1].

France : 4 millions de boîtes en 1990 à 34 millions en 2012 [2]. En 8ème position des médicaments les plus vendus en ville en 2013.

Hypothyroïdie frustre : une définition floue

La forte augmentation des prescriptions de lévothyroxine s’explique par différents facteurs mais notamment un dépistage intensif lié à la sensibilisation des médecins aux troubles thyroïdiens.

L’hypothyroïdie se définit par une insuffisance de sécrétion d’hormones thyroïdiennes par la glande thyroïde conduisant à un état d’hypométabolisme. Sous sa forme frustre (encore appelée subclinique), l’hypothyroïdie est une pathologie qui peut être asymptomatique ou se manifester par des signes isolés et non spécifiques : peau sèche, perte de cheveux, constipation, myalgie, fatigue, règles irrégulières, prise de poids, manque d’énergie…

« La probabilité d’être face à une hypothyroïdie en présence de l’un de ces symptômes est de l’ordre de 10%, rapportent les auteurs qui précisent par ailleurs, que les preuves du bénéfice d’un traitement par lévothyroxine chez les patients avec hypothyroïdie subclinique sans symptôme manquent. Dans certains cas, il est possible d’envisager un bref test thérapeutique avec la lévothyroxine dans le but d’améliorer les symptômes avec réévaluation et interruption si le traitement est inefficace, tout en sachant qu’un effet placebo est possible ».

Aux Etats-Unis, un traitement par lévothyroxine est recommandé pour une concentration de TSH > 10 mlU/L ou bien quand le taux de TSH se situe entre 5,5 mlU/L et 10 mlU/L en présence de symptômes ou d’auto-anticorps.

« Suivant cette norme, 9 femmes sur 10 avec une hypothyroïdie frustre et une concentration en TSH entre 5,5 mlU/L et 10 mlU/L sont susceptibles de recevoir un traitement par lévothyroxine, indiquent les auteurs. Au Royaume-Uni, les personnes avec un taux de TSH < 10,0 mIU/L étaient 1,3 fois plus nombreuses à se voir prescrire de la lévothyroxine en 2009 qu’en 2001, et 31% de la cohorte avaient des valeurs de THS < 10 mIU/L, des valeurs normales de thyroxine, et aucun symptôme d’hypothyroïdie ou facteur de risque cardiovasculaire ».

Dans l’hypothyroïdie frustre, la prescription de lévothyroxine est d’autant plus discutable que l’évolution vers une hypothyroïdie avérée n’est pas inéluctable : « à l’échelle d’une population, on estime que 62% des taux qui se situent entre 5,5 et 10 mIU/L se normalisent d’eux-mêmes sans traitement. La pulsatilité de la TSH, la prise de traitements de façon concomitante, des facteurs de stress et autres peuvent expliquer ce phénomène ».

En France

Sur la base des recommandations professionnelles de la Société Française d’Endocrinologie et de la Haute Autorité de Santé [3] sur le diagnostic et la prise en charge des hypothyroïdies frustes chez l’adulte, le traitement par lévothyroxine devrait être limité aux sujets à risque avec un taux de TSH > 10 mUI/L confirmé par un second dosage, lit-on dans le rapport de l’ANSM.

En deçà de cette valeur, le bénéfice du traitement n’est pas démontré, sauf en cas de grossesse ou dans certains cas en présence d’anticorps anti-TPO et de signes cliniques très évocateurs d’hypothyroïdie ou d’hypercholestérolémie.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....