Prévention primaire par statines : nouvelles recommandations aux US

Aude Lecrubier, Veronica Hackethal

Auteurs et déclarations

21 novembre 2016

Dans cet article

4- La question des effets secondaires

Enfin, les Drs Anne Marie Navar et Eric Peterson soulèvent le problème des effets secondaires. Ils notent que tous les     essais inclus dans la revue systématique sauf un ont été sponsorisés par l’industrie pharmaceutique et que les essais financés par les laboratoires sont     plus enclins à surestimer les bénéfices et à minimiser les effets secondaires que ceux qui ne le sont pas. Ils ajoutent que dans de nombreuses études, des     effets secondaires fréquents qui peuvent affecter la qualité de vie comme les douleurs musculaires ou la faiblesse, ne sont pas rapportés. Enfin, ils     soulignent que certaines études ont suggéré qu’il existait un sur-risque de déclin cognitif et de diabète, avec un niveau de preuves particulièrement élevé     pour le diabète.

Toxicité des statines en prévention primaire : ce que disent les recommandations USPSTF

L’USPSTF indique « avec un niveau de preuves suffisant » que « la toxicité des statines à doses faibles à modérées chez les adultes de 40 à 75 ans est         faible. »

           Il souligne que dans les essais contrôlés randomisés de prévention primaire, les statines n’ont pas été associées à des événements secondaires graves         comme le cancer, des taux d’enzymes hépatiques très élevés ou une toxicité musculaire sévère (RR, 0,99 [IC 95%, 0,94 à 1,04]).

           Concernant le diabète, l’USPSTF indique que l’analyse poolée ne montre pas de sur-risque (RR, 1,05 [IC 95%, 0,91 à 1,20]) mais « qu’un essai suggère         qu’il pourrait y avoir un petit sur-risque de développer un diabète avec de fortes doses de statines. » (RR, 1,25 [IC95%, 1,05 à 1,49]).

           Pour les myalgies, l’USPSTF souligne qu’il s’agit d’un effet secondaire couramment rapporté mais que les essais contrôlés vs placebo ne montrent pas         qu’il existe une relation de causalité majeure avec l’utilisation des statines (RR, 0,96 [IC95%, 0,79 à 1,16]).

           Sur le versant cognitif, les preuves d’une éventuelle toxicité sont « rares ». Les chercheurs appellent donc à ce que de nouveaux travaux soient menés         pour établir définitivement un lien.

           Au sujet de la cataracte, excepté l’essai HOPE 3, l’USPSTF indique qu’aucun essai de prévention primaire n’a rapporté de sur-risque associé à la prise         de statines.

           Enfin, concernant les personnes âgées d’au moins 76 ans, pour l’USPSTF, les données ne sont pas suffisantes pour mettre en évidence une toxicité         particulière associée aux statines en prévention primaire.

Les Drs Redberg et Katz se méfient d’une utilisation des statines en prévention primaire, en raison du peu de données démontrant que, sur la durée, les     bénéfices dépassent les risques.

« Etant donnée les sérieuses préoccupations sur la toxicité des statines en prévention primaire, il est dans l’intérêt de la santé publique et de la     communauté médicale de recentrer les efforts sur la promotion d’un régime sain, d’une activité physique régulière et de l’arrêt du tabagisme »,     indiquent-ils.

Pour leur part, le Drs Navar et Peterson s’interrogent sur ce qu’il convient de faire chez les patients qui sont dans la zone grise. « Pour un patient avec     un cholestérol LDL élevé mais un faible risque cardiovasculaire à 10 ans en raison de son jeune âge, devrions-nous traiter par défaut, ne pas traiter, ou     utiliser une approche intermédiaire ? »

Il y a peut-être un moment à partir duquel, il est trop tard pour bénéficier du bénéfice d’une statine -- Drs Anne Marie Navar et Eric Peterson

En ce qui concerne les personnes âgées, pour les Drs Greenland et Bonow, « il n’est pas nécessaire d’arrêter une statine dès l’ors que l’on a 76 ans ».

En revanche, les Drs Navar et Peterson indiquent que si l’âge est bien un facteur de risque cardiovasculaire substantiel, il n’est pas dit que les statines     baissent ce risque en l’absence d’autres facteurs de risque. « Il y a peut-être un moment à partir duquel, il est trop tard pour bénéficier du bénéfice     d’une statine », indiquent-ils.

Au final, les trois éditoriaux s’accordent sur l’importance de la décision partagée avec le patient et sur le bon sens clinique pour les situations     complexes.

« Le manque de preuves offre l’opportunité aux médecins de pratiquer l’art de la médecine et de s’engager avec leur patient dans une décision partagée sur     la stratégie de prévention cardiovasculaire à adopter », concluent les Dr Navar et Peterson.

Certains auteurs ont des liens d’intérêts avec : l’Institute for Clinical and Economic Review, le National Institutes of Health et/ou UpToDate. Le Dr         Epling a été impliqué dans l’analyse du protocole d’une étude comparant l’efficacité d’hypolémiants. Le Dr Redberg a participé l’action de la FDA         contre Amgen concernant les anti-PCSK9. Le Dr Navar a reçu des financements de Regeneron et Sanofi. Le Dr Peterson a reçu des financements de Merck,         Sanofi, Regeneron et AstraZeneca.

REFERENCES:

1. US Preventive Services Task Force. Statin use for the primary prevention of cardiovascular disease in adults: US Preventive Services Task Force     recommendation statement. JAMA. doi:10.1001 /jama.2016.15450

2. Chou R, Dana T, Blazina I, DaegesM, Jeanne TL. Statins for prevention of cardiovascular disease in adults: evidence report and systematic review for the     US Preventive Services Task Force. JAMA. doi:10.1001/jama.2015.15629

3. Moulin P et Vergès B. Principes de prise en charge des dyslipidémies de l’adulte en 2016. Pour le groupe de travail (GT) commissionné par la Société     Française d’Endocrinologie, la Société Francophone du Diabète et la Nouvelle Société Française d’Athérosclérose (Fabrice Bonnet, Eric Bruckert, Bertrand     Cariou, Sybil Charriere, Béatrice Duly-Bouhanick, Vincent Durlach, Philippe Moulin, Bruno Verges, René Valero).Janvier-Février 2016 VOL 80 MCED www.mced.fr

4. Greenland P et Bonow R. Interpretation and Use of Another Statin Guideline.JAMA November 15, 2016 Volume 316, Number 19

5. Redberg R et Katz M.Statins for Primary Prevention. The Debate Is Intense, but the Data Are Weak. JAMA November 15, 2016 Volume 316, Number 19

6.Navar AM et Peterson E. Evolving Approaches for Statins in Primary Prevention Progress, but Questions Remain. . JAMA November 15, 2016 Volume 316, Number     19

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....