Attentats du 13 novembre 2015 : hommage au travail des orthopédistes

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

14 novembre 2016

Paris, France -- Le congrès 2016 de la Société française de chirurgie orthopédique et traumatologique (SOFCOT) a été l’occasion de rendre hommage aux chirurgiens orthopédiques qui ont été particulièrement sollicités dans la prise en charge des victimes des attentats du 13 novembre [1]. Ce jour-là, des équipes d’orthopédistes – qui étaient de garde ou sont venues volontairement prêter main forte à leurs collègues – ont travaillé sans relâche dans les 7 hôpitaux qui ont reçu des blessés des membres. Si les blocs opératoires ont été d’abord utilisés par les chirurgiens thoraciques, viscéraux et les neurochirurgiens, les orthopédistes ont pris la suite pendant les 36 h qui ont suivi.

Deux types d’approches ont été utilisées : l’ostéosynthèse conventionnelle, lorsque cela était humainement et techniquement possible, et le « Damage Control » orthopédique, pour les autres patients avec mise en place de fixateurs externes et reprise chirurgicale.

Damage Control ou la médecine de guerre appliquée aux populations civiles

Le Damage Control orthopédique a été développé par les chirurgiens militaires selon trois grands principes :

- Sauver la vie grâce à l’hémostase en contrôlant les plaies vasculaires, en stabilisant le bassin ou le fémur ou en réalisant une amputation de sauvetage,

- Sauver le membre en étant le plus conservateur possible. Traiter l’ischémie par techniques de revascularisation : définitive par l’utilisation de pontages veineux, temporairement par prothèse et shunt artériel,

- Préserver la fonction en évitant l’infection (débridement, parage et non fermeture), en limitant l’agression tissulaire grâce à une stabilisation temporaire, et en traitant les syndromes compartimentaux par dermo-fasciotomies.

Les conditions du recours au Damage Control en orthopédie

 

Le Damage Control en orthopédie est indiqué dans les conditions suivantes

  • le polytraumatisé,

  • l’association lésionnelle au-delà des capacités techniques de la structure d’accueil,

  • les lésions avec risque vital qui n’intéressent que le membre (lésions étagées, lésions avec doute sur l’évolution cutanée, lésions pluritissulaires d’un membre interdisant une ostéosynthèse conventionnelle),

  • afflux saturant de victimes (Damage Control tactique).

C’est pour l’ensemble de ces raisons que les hôpitaux parisiens ont eu recours au Damage Control à l’occasion des attentats du 13 novembre.

Une organisation en binôme après orientation par les « anciens »

Dès l’alerte hospitalière, les équipes de chirurgies se sont organisées en scindant la décision thérapeutique et l’organisation technique.

L’orientation et les choix de traitement ont été pris par les chirurgiens les plus expérimentés associés aux anesthésistes les plus anciens. Une fois le diagnostic et l’indication chirurgicale posée, la prise en charge opérationnelle a été réservée à des binômes chefs de clinique et internes.

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