Déremboursement des anti-Alzheimer : le rôle des aidants n’en sera que plus important

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

27 octobre 2016

ACTUALISATION – Mercredi 26 octobre, la perspective d'un déremboursement de quatre médicaments anti-Alzheimer, tel que recommandé par la Haute Autorité de Santé (HAS), a été écartée par la ministre de la Santé, Marisol Touraine au micro de RTL. Déremboursement ou pas, le rôle des aidants et de l’accompagnement humain nécessite d’être soutenu.

Paris, France — La perspective d'un déremboursement des médicaments anti-Alzheimer, recommandé par la Haute autorité de santé (HAS), fait craindre une rupture du lien thérapeutique entre le médecin traitant, le patient et ses proches. Pour l'association France Alzheimer, l'une des priorités est de soutenir les aidants, qui risquent d'être davantage fragilisés en cas de perte de l'option médicamenteuse.

« S'il est décidé de ne plus rembourser les médicaments anti-Alzheimer, il faut au moins que les économies générées soient utiles pour les malades. On veillera à ce que cela se traduise par davantage de soutien en faveur des patients, mais aussi des aidants », a affirmé auprès de Medscape édition française, Joël Jaouen, président de l’Union nationale France Alzheimer et maladies apparentées.

 
S'il est décidé de ne plus rembourser les médicaments anti-Alzheimer, il faut au moins que les économies générées soient utiles pour les malades – Joël Jaouen
 

« Plus de place dans la stratégie thérapeutique »

En attendant, la décision de la commission de la transparence de la HAS passe très mal. Chargée de l'évaluation des médicaments, elle a, en effet, estimé dans un avis consultatif rendu le 19 octobre 2016, que les médicaments anti-Alzheimer ont « un service médical rendu (SMR) insuffisant pour justifier leur remboursement ».

L'avis concerne les quatre médicaments actuellement sur le marché: le donépézil (Aricept®, Eisai), la galantamine (Reminyl ®, Janssen-Cilag) et la rivastigmine (Exelon®, Novartis Pharma), trois inhibiteurs de la cholinestérase utilisés dans le traitement des stades légers à modérés de la maladie, ainsi que la mémantine (Ebixa®, Lundbeck), un antiglutamate indiqué dans le traitement des stades modérées à sévères.

« Les données nouvelles confirment que l'efficacité des médicaments du traitement symptomatique de la maladie d'Alzheimer est, au mieux, modeste », note la HAS dans un communiqué [1]. Elle pointe notamment l'absence de pertinence des études cliniques, qui se limitent à des évaluations à court terme.

De plus, elle souligne « le risque de survenue d'effets indésirables (troubles digestifs, cardiovasculaires ou neuropsychiatriques pour les plus notables) potentiellement graves, pouvant altérer la qualité de vie ». Un constat qui amène la HAS à considérer aujourd'hui que « ces médicaments n'ont plus de place dans la stratégie thérapeutique ».

La prescription perçue comme un soutien

Dans un précédent avis rendu en 2011, le SMR était déjà passé d’ « important » à « faible ». Une décision qui avait conduit à une modification du taux de remboursement de ces médicaments, qui est passé de 75% à 15%. C'est désormais au Ministère de la Santé de décider d'un éventuel déremboursement.

Selon Joël Jaouen, « c'est un signal négatif pour les patients et surtout pour les aidants, car la prescription des médicaments est parfois le seul lien avec le médecin traitant », qui se voit parfois reprocher un manque d’investissement dans la prise en charge. Les consultations prévues pour le renouvellement de l'ordonnance « sont perçues comme un soutien pour les proches ».

De plus, « le déremboursement augmentera le reste à charge, alors que les familles sont déjà confrontées à des difficultés financières, auxquelles s’ajoutent l'épuisement physique et moral. Ce serait engendrer une situation démoralisante », estime le président de France Alzheimer.

Il reconnait, certes, que les médicaments ne bénéficient pas à tous les malades. « Mais, dans certains cas, on observe une stabilisation de la maladie. Pour les familles, c'est déjà une victoire. Alors, même si cette option thérapeutique a un effet limité, ça vaut le coup de la tenter ».

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