Le virus Zika devient-il de plus en plus virulent ? Réponse du Pr Delfraissy

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

21 octobre 2016

Paris, France — Alors que le lien entre l’infection par le virus Zika et les complications neurologiques chez le fœtus ne semble plus faire de doute, plusieurs publications récentes laissent entendre que le virus pourrait se transmettre plus facilement qu’on ne l’avait imaginé.

Pour l’OMS, la transmission sexuelle du Zika « est possible et plus fréquente qu’on ne l’avait estimée. Un fait préoccupant en raison de l’association entre l’infection par le virus Zika et les risques de complications pendant la grossesse et pour le fœtus (microcéphalies, complications neurologiques, syndrome de Guillain-Barré…) » [1].

 
Des brésiliens et britanniques ont appelé à « se préparer à une épidémie mondiale de microcéphalies et d’autres anomalies congénitales liées au Zika ».
 

En parallèle, le virus a été détecté dans le sperme d’hommes asymptomatiques pour la première fois cet été, et le 28 septembre, le cas d’une possible transmission par la sueur et/ou les larmes a été publié dans le New England Journal of Medicine [2].

Loin d’être rassurants, des chercheurs brésiliens et britanniques ont appelé à « se préparer à une épidémie mondiale de microcéphalies et d’autres anomalies congénitales liées au Zika » [3].

Alors qu’aujourd’hui 70 pays ont signalé la présence du virus, le Zika serait-il plus virulent que prévu ?

Pr Jean François Delfraissy

L'édition française de Medscape a fait le point avec le Pr Jean-François Delfraissy (Directeur de l’institut Immunologie, inflammation, infectiologie et microbiologie, Inserm, et Président de l’ANRS France Recherche Nord & sud Sida-hiv Hépatites, France).

Medscape édition française : l'OMS s'inquiète d'une sous-estimation de la transmission du virus par voie sexuelle, qu'en pensez-vous ?

Pr J.-F. Delfraissy : On s’est aperçu qu’un certain nombre d’arbovirus pouvaient aussi se transmettre par voie sexuelle alors qu’on pensait qu’ils ne se transmettaient que par l’intermédiaire du moustique.

Globalement, tous les patients atteints de Zika n’ont pas de virus dans le sperme. Il y en a probablement chez tout le monde au moment de la phase aiguë mais après quelques semaines beaucoup de gens n’en ont plus.

Cependant, nous savons que chez certaines personnes, le virus peut rester dans le sperme de quelques semaines à quelques mois. Nous avons même quelques cas supérieurs à 6 mois. Or, un certain nombre de personnes ont des quantités suffisantes pour transmettre le virus sous sa forme active et donc l’infection.

Cependant, je ne suis pas sûr que la transmission sexuelle soit plus importante que ce qui a été prévu. Je pense qu'elle est mieux étudiée qu’auparavant et qu’il existe un effet loupe. C'est parce qu'on l'étudie mieux, qu’un plus grand nombre de cas sont répertoriés.

 
Je pense que la transmission sexuelle est mieux étudiée qu’auparavant et qu’il existe un effet loupe.
 

Il n’en reste pas moins que la transmission sexuelle a une portée en santé publique et que les messages de prévention doivent être entendus.

Récemment, quelques cas de transmission sexuelle chez des personnes asymptomatiques ont été observés. Est-ce particulièrement préoccupant en termes de prévention ?

Pr J.-F. Delfraissy : Non. Il ne s’agit que de quelques cas. Dans l’immense majorité des cas, il s'agit des sujets symptomatiques [qui doivent suivre les mesures de prévention de la transmission].

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