Les urgentistes d'Avignon ne démissionneront pas

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

31 octobre 2016

 

Avignon, 31 octobre 2016 /Actualisation -- Par un communiqué de presse en date du 28 octobre dernier, la direction du centre hospitalier d’Avignon a annoncé que le mouvement social des urgentistes a pris fin. Le 5 octobre dernier, 13 médecins urgentistes avaient décidé de démissionner, pour protester contre leurs conditions de travail (voir article ci-dessous). Depuis, une nouvelle organisation a été mise en place qui semble satisfaire les médecins lesquels ont décidé de revenir sur leur décision. « Les services d’Urgences adultes, SAMU et SMUR, sont placés sous la responsabilité d’une instance de gouvernance composée du Directeur, du Président et du Vice-Président de la Commission Médicale d’Etablissement, et de trois Responsables d’unités, qui permettra d’assurer le fonctionnement, la continuité et la coordination de l’ensemble des structures. Par ailleurs, le Centre Hospitalier d’Avignon s’engage selon un calendrier précis à poursuivre l’application du nouveau référentiel de temps de travail des médecins urgentistes, arrêté par Madame la Ministre des Affaires Sociales et de la Santé », a notamment déclaré la direction du centre hospitalier.

Urgentistes en Avignon, anesthésistes à Brest…les PH menacent de démissionner en masse

Paris, France — Ironie de l’histoire : c’est au moment où les intersyndicales de praticiens hospitaliers signent un accord avec le gouvernement, que de véritables conflits sociaux avec des médecins explosent dans les hôpitaux. « C’est la première fois que nous sommes confrontés à un pareil mouvement social », témoigne la direction du centre hospitalier Henri Duffaut à Avignon.

 
C’est la première fois que nous sommes confrontés à un pareil mouvement social – CH Henri Duffaut
 

Surcharge de travail et crise du management en Avignon

Le 5 octobre dernier, 13 médecins urgentistes sur 28 décident de donner leur démission.

Dans un communiqué de presse diffusé par le centre hospitalier d’Avignon, la direction date le début de ce conflit à la mi-septembre : « Certains praticiens ont fait état, le 15 septembre 2016, des difficultés qu’ils rencontraient dans leur exercice professionnel au motif d’une charge de travail importante et de difficultés dans les modalités de fonctionnement au sein de l’équipe ». Car l’activité progresse à Avignon, de l’ordre de +6% chaque année. Pour pallier à la surcharge de travail engendrée par cette activité croissante, la direction affirme qu’elle a mis en place, « de manière progressive », le nouveau référentiel de temps de travail des médecins urgentistes : application dès le 1er janvier 2016 des nouvelles modalités de rémunération du temps additionnel (au-delà des 48 heures hebdomadaires), création de deux postes de praticiens hospitaliers au titre de 2016. Apparemment, cela n’a pas suffi à éviter la crise. Car, en plus des problèmes de surcharge de travail, vient se greffer une crise du management. Le chef de pôle, le Dr Stéphane Bourgeois, lui-même urgentiste dans le service, serait décrié par ses collègues de travail. « Une rencontre a été organisée vendredi 7 octobre au matin, où le président de la CME, le Dr Jean-Marc Broglia-Sautel et le vice-président de la CME ont rencontré l’ensemble des urgentistes pour discuter et tenter de trouver les solutions à leurs attentes. Mais, à ce jour, nous n’avons pas acte de décisions par rapport au fonctionnement du service, a expliqué la direction de l’établissement. Qui souhaite mettre à profit la durée de préavis de chacun des médecins démissionnaires – entre deux et six mois selon les statuts – pour trouver une solution d’ici là.

Préavis de grève à Brest et menace de démission

À Brest, un nouveau préavis de grève a été déposé au CHU par le syndicat SNPHARE (pour le compte des anesthésistes-réanimateurs), entre le 6 octobre et le 13 octobre pour les soins urgents et non urgents. Comme pour justifier ce nouveau mouvement social des anesthésistes réanimateurs du CHU breton, le SNPHARE rappelle « qu’un tiers des postes en anesthésie sont vacants et que les projets d’extension des horaires de travail fleurissent depuis deux ans ». Par ailleurs, rappelle le syndicat, la direction a choisi, pour combler les carences en personnel, d’avoir recours à deux intérimaires et deux cliniciens hospitaliers, ce qui « crée une injustice de rémunération pour le travail réalisé ». Des négociations ont été entamées avec la direction dès le 30 mars dernier, mais qui n’ont pas encore abouti, la direction refusant d’envisager une obligation de service hebdomadaire en deçà de 48 heures. Les grévistes réclament donc le passage en temps continu avec une obligation de service de 44 heures, le déclenchement du seuil de temps additionnel à 48 heures, la mise en place d’un système de décompte des heures transparent.

 
Quand on maltraite les anesthésistes, on peut faire disparaitre une équipe stable en moins d’un an, comme cela s’est vu à Perpignan ou encore à Béziers -- Dr Yves Rebufat
 

Là encore, comme à Avignon, les personnels médicaux, anesthésistes réanimateurs en tête, menacent de tous démissionner si aucune solution n’est trouvée à l’issue de ce conflit social. « Le conflit à Brest est typique de ce qui se passe dans d’autres centres hospitaliers. On travaille sur ces questions liées au temps de travail à l’échelle nationale », explique le Dr Yves Rebufat (anesthésiste-réanimateur au CHU de Nantes) président du SNPHARE. « À Brest, cela fait un an que ça dure, et la direction traine des pieds. Ailleurs, à Caen par exemple, la situation est moins pénible car la direction comble les trous avec des intérims. Si l’on ne trouve pas de dénouement à Brest, les médecins vont finir par partir les uns après les autres. Quand on maltraite les anesthésistes, on peut faire disparaitre une équipe stable en moins d’un an, comme cela s’est vu à Perpignan ou encore à Béziers. D’autant qu’il existe actuellement une rude concurrence entre établissements. Par exemple le centre hospitalier de Saint-Brieuc a fait paraitre une offre d’emploi d’anesthésiste avec statut de praticien hospitalier, pour une durée de travail hebdomadaire de 40 heures, et la possibilité de négocier son salaire… »

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