Enfants trans : comment les accompagner?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

5 octobre 2016

Paris, France – Si la question de la transidentité est davantage mise en lumière aujourd'hui, celle des enfants transgenres reste encore taboue, et est cause de souffrance pour nombre d'entre eux. Néanmoins, les mentalités évoluent et aujourd’hui, la dysphorie de genre n’est plus considérée comme un trouble (DSM5). Parallèlement, des consultations spécialisées se mettent en place en France, notamment dans les CHU, pour accompagner enfants et adolescents qui ne se sentent pas appartenir au sexe qui leur a été assigné à la naissance (sexe d’assignation).

A savoir : une petite fille trans est une fille déclarée de sexe mâle à la naissance mais dont l’auto- perception, l’identité de genre et/ou l’expression de genre est celle d’une fille – et inversement pour les petits garçons trans. La terminologie de la dysphorie de genre utilisée par la communauté LGBTQ (lesbienne, gay, bisexuel-le-s, transgenre) est détaillée dans le diaporama Medscape Transgenre.

Prise de conscience plus ou moins tardive

Certains enfants expriment très jeunes un décalage entre le sexe d’assignation et leur ressenti. « Dès l’âge de 2/3 ans, certains parents rapportent des particularités dans la façon de vouloir s’habiller, dans la préférence des jeux supposément dévolus à l’autre sexe, dans le choix des relations amicales qui font penser à la dysphorie de genre. Par exemple, un garçon qui insisterait pour porter des vêtements de fille, n’aurait que des copines, rejetterait les sports dits « violents » » explique le Dr Anne Bargiacchi, pédopsychiatre à l’hôpital Robert Debré. Cependant, il existe de grandes différences individuelles concernant l’âge de la prise de conscience et il n’est donc pas possible de fixer des règles générales. Celle-ci peut être plus tardive pour certains enfants et advenir plus tard au cours de l’enfance ou de l’adolescence, à l’occasion d’un événement, d’un article, ou encore à l’âge adulte…

Aujourd’hui, selon le DSM 5, pour établir un diagnostic, l’enfant/adolescent doit avoir verbalisé lui-même le fait qu’il est de l’autre sexe, ou qu’il préférerait être de l’autre sexe -- Dr Anne Bargiacchi

Par ailleurs, « à un jeune âge et au moins jusqu’à l’adolescence, les experts considèrent généralement qu’il n’existe pas de critère permettant de prédire avec certitude dans quel sens évoluera l’enfant » écrit le Dr Erik Schneider (psychiatre, Luxembourg) dans le rapport consacré aux « droits des enfants intersexes et trans » rédigé en 2013 pour le Conseil de l’Europe [1]. Une partie de ces enfants s’avèreront être trans par la suite, d’autres non, en adoptant une attitude, une orientation sexuelle ou un mode de vie leur permettant de s’exprimer sans véritable changement de genre.

« Aujourd’hui, selon le DSM 5, pour établir un diagnostic, l’enfant/adolescent doit avoir verbalisé lui-même le fait qu’il est de l’autre sexe, ou qu’il préférerait être de l’autre sexe. La préférence ne doit pas être rapportée par un observateur extérieur comme c’était le cas dans la version précédente. Mais ce qui signe vraiment le diagnostic de la dysphorie de genre, en plus de la conviction et de l’affirmation d’être de l’autre sexe, c’est la persistance dans le temps de ces « signes » pendant 6 mois minimum, car de tels propos sur des phases courtes se rencontrent fréquemment chez les enfants » précise le Dr Bargiacchi.

Prévalence en hausse ? Rien ne permet de le dire

 Si de plus en plus d’enfants souffrant de dysphorie de genre consultent les centres médicaux spécialisés dans l’aide médicale à la transition, il reste très difficile d’évaluer leur prévalence et d’obtenir des chiffres exacts sur leur nombre.

La prévalence chez l’adulte du transsexualisme varie selon les publications. Le rapport du Conseil de l’Europe évoque de 1/12.000 à 1/37.000 cas homme vers femme, et de 1/30.000 à 1/110000 cas femmes vers hommes [1]. Il ne s’agit que d’une estimation, et aucun travail épidémiologique n’a été mené en France.

« Si de plus en plus d’enfants souffrant de dysphorie de genre consultent, c’est probablement en raison d’une meilleure reconnaissance et d’un meilleur repérage par des équipes dédiées, car rien ne permet de dire que le nombre d’enfants transgenres a augmenté. De même que l’on ne connait pas les mécanismes physiologiques ou psychologiques de cette inadéquation de genre, si ce n’est qu’elle intervient possiblement très précocement dans le développement cérébral puisque des études ont montré, dans le cadre de la recherche, des marqueurs anatomiques et fonctionnels de la dysphorie de genre à l’IRM. S’il existe, le rôle des perturbateurs endocriniens n’est pas connu » précise le Dr Bargiacchi.

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