La radicalisation est-elle une maladie psychiatrique ?

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

3 octobre 2016

Paris, France — À l’heure où le premier « centre de prévention, d’insertion et de citoyenneté », appelé plus vulgairement « centre de déradicalisation» ouvre ses portes, en Indre-et-Loire, la question de la psychiatrisation des jeunes radicalisés continue de se poser aux professionnels de santé [1].

C’est que le débat est vif actuellement. Des personnalités politiques de premier plan (Nicolas Sarkozy, Éric Ciotti, François Baroin) se sont positionnés en faveur de l’internement psychiatrique d’office des fichés S (personnes qui font l’objet d’une surveillance policière par les services habilités, NDLR). Ils ont même trouvé des professionnels, en l'occurrence un sociologue, Farhad Khosrokhavar, spécialiste de la radicalisation, pour leur donner raison. « On pourra éviter le passage à l'acte violent d'un certain nombre de personnes. Il faudrait que ce soit fait sur avis médical qualifié avec une expertise contradictoire d'au moins deux groupes (de médecins) », explique l’expert es terrorisme.

Des psychiatres sollicités par les préfectures

La psychiatrisation de ceux que l’on nomme vulgairement les radicalisés avait interpellé deux syndicats de psychiatres, le Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH), et l’Association des secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire (ASPMP). Ils s’étaient fendus d’une lettre à Marisol Touraine, ministre de la Santé, adressé le 21 mai 2015. « Plusieurs praticiens des secteurs de psychiatrie publique ont signalé au bureau national du Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux qu’ils étaient sollicités par les préfectures pour participer à des cellules d’intervention relatives à la radicalisation islamiste. Les objectifs de ces demandes s’expriment de manières diversifiées, et le flou sur ce qui est attendu d’eux mettent nos collègues dans l’embarras », écrivait alors les Drs Marc Bétremieux et Michel David. « Le SPH a entamé une réflexion sur ce sujet mais de manière prudente pour éviter l’emballement et les excès préjudiciables aux buts recherchés […] le cadre d’interventions doit être précisé car il ne s’agirait ni de « psychiatriser » toutes les situations suspectes, ni de se détourner d’un problème qui touche à la sécurité intérieure », ajoutait-il.

 
Les objectifs de ces demandes s’expriment de manières diversifiées, et le flou sur ce qui est attendu d’eux mettent nos collègues dans l’embarras -- Drs Marc Bétremieux et Michel David
 

Contacté par Medscape édition française, le Dr Bétremieux, président du SPH, précise qu’ « à l’époque, un certain nombre d’agences régionales de santé (ARS) mais surtout de préfets sollicitaient les collègues psychiatres en direct pour avoir des avis ou des compétences. Cce qui paraissait totalement aberrant, d’autant plus qu’on n’avait peu de travaux là-dessus. Donc, on avait écrit à la ministre d’abord pour préserver nos collègues, pour ne pas être sollicité de façon ponctuelle sans que cela soit organisé au niveau supérieur, et puis, on n’a plus eu de nouvelles ».

Il a fallu attendre le deuxième attentat parisien, le 13 novembre 2015, pour que de nouveau le secteur psychiatrique soit sollicité par les autorités publiques. En l’occurrence c’est la Direction générale de l’organisation des soins (DGOS) qui a invité l’Ordre des médecins, mais aussi un représentant de la fédération française de psychiatrie, le Dr Chambry, à échanger sur le thème de la radicalisation. En décembre, l’Ordre des médecins diffusait une première fiche de prévention de la radicalisation à l’intention des médecins, qui autorisait, dans certains cas, la levée du secret médical [2].

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