Bénéfice/risque des statines : le ton monte entre le Lancet et  le BMJ

Patrice Wendling, traduit et adapté par Vincent Bargoin

28 septembre 2016

Enfin, pour bien enfoncer le clou, la revue du Lancet rappelle que la plupart des effets secondaires des statines (comme les myopathies) sont     réversibles à l’arrêt du traitement, et que les effets d’un infarctus du myocarde ou d’un AVC, eux, ne le sont pas ».

Commentaires (critiques) dans le BMJ

Mis en cause, le BMJ répond. Dans ses colonnes, le Dr Harlan Krumholz (Yale University, New-Haven, Etats-Unis) publie un    commentaire reconnaissant que certes, « les résultats [de la revue de Collins] confortent le     bénéfice des statines en regard de risques très modestes », mais pour mieux critiquer « le peu de considération [de cette revue] pour les limitations des     études » [5].

Le commentaire pointe notamment l’absence de données satisfaisantes sur les personnes de plus de 80 ans, des essais qui, considérés individuellement, sont     sous-dimensionnés pour détecter certains effets secondaires, et des différences dans la manière dont ces effets indésirables sont collectés, qui rendent     les comparaisons difficiles et pourraient être un obstacle à la combinaison des données.

Interrogé par Medscape International, le Dr Aseem Malhotra (Stevenage, Royaume-Uni), auteur de l’un des papiers de 2013 dans le    BMJ [3], pointe, lui, le conflit d’intérêt, et indique que le Clinical Trials Service Unit d’Oxford a reçu des centaines de millions de £ de la     part des fabricants de statines.

Malhotra regrette par ailleurs que le groupe de Collins n’ait pas publiées les données brutes des grands essais randomisés des statines, pour permettre un     examen indépendant.

« Pour évaluer les effets secondaires des statines, cette revue utilise principalement des essais qui ont été financés par l’industrie pour déterminer le     bénéfice des statines. C’est rechercher de la précision dans une estimation biaisée », estime-t-il.

Il relève que même la brochure conçue par Pfizer pour les patients sous atorvastatine, mentionne, parmi les effets secondaires communs, qui peuvent     concerner 1 patient sur 10, les maux de gorge, les nausées, les problèmes digestifs et les douleurs musculaires et articulaires.

Selon une revue récente, cosignée par le Dr Malhotra, au-delà de 60 ans, le LDL-c serait     inversement associé à la mortalité générale, et associé de manière non significative, et parfois de manière inverse, à la mortalité cardiovasculaire [6].

« Je n’ai aucun doute sur le bénéfice des statines », affirme pourtant le Dr Malhotra. « Mais se focaliser sur la baisse du LDL-c, comme s’il s’agissait     d’une fin en soi, est contre-productif, en particulier quand l’insulino-résistance [les statines réduisent la sensibilité à l’insuline] est un facteur de     risque plus important d’infarctus du myocarde ».

« Fiona Godlee, rédactrice en chef du BMJ, estime que "les investigateurs ont fait la promotion de leur propre travail", et je     suis parfaitement d’accord avec elle », conclut le Dr Malhotra.

Un débat suspendu à une querelle de personnes ?

En fait, Fiona Godlee et Rory Collins sont en conflit depuis que le second a demandé au BMJ de corriger puis de retirer les deux papiers de 2013.

Suite à cette demande, le chiffre de 20% d’effets secondaires a bien été abandonné par les auteurs.     Mais s’agissant du retrait des papiers eux-mêmes, Fiona Godlee a renvoyé la question à un panel d’experts indépendants (mais rétribués par le BMJ)     qui, en juin 2014, a fait quelques suggestions pour améliorer le processus de décision éditoriale mais a rejeté à l’unanimité la demande de retrait     formulée par Collins.

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