Bénéfice/risque des statines : le ton monte entre le Lancet et  le BMJ

Patrice Wendling, traduit et adapté par Vincent Bargoin

28 septembre 2016

Oxford, Royaume-Uni     – La revue sur les statines publiées dernièrement par le Lancet semble faire     quelques vagues au sein de la presse médicale britannique [1].

Dans sa première partie, ce travail relève de la discussion académique sur les possibilités et les limites des études non contrôlées. Mais l’argumentaire     du document de 25 pages, abouti à cette double conclusion que les bénéfices des statines ont été sous-estimés, et leurs effets secondaires, sur-estimés.

L’équipe qui signe dans le Lancet, dirigée par le Pr Rory Collins (Oxford University, Royaume-Uni), souligne que le chiffre de     20% d’intolérance aux statines, qu’avancent deux papiers publiés par le British Medical Journal en 2013 ne sont pas cohérents avec les données des     grandes études contrôlées [2,3]. Ces deux papiers du BMJ avaient eu un large écho dans le grand-public.

L’équipe de Collins contredit effectivement ce chiffre de 20%, puisque, selon ses calculs, , le traitement de 10.000 patients durant 5 ans avec une statine     à dose efficace, par exemple, l’atorvastatine 40 mg, provoquerait « environ cinq cas de myopathie, dont un pourrait évoluer vers la rhabdomyolyse, 50 à 100     cas de diabètes, et cinq à dix AVC hémorragiques ».

Interrogé par Medscape International, le Pr Collins indique que son groupe a travaillé sur cette revue durant 1 an ½ pour essayer de mettre les     choses à plat concernant les statines.

Le Pr Collins souligne en outre que la controverse sur l’intolérance aux statines et sur les myopathies, n’a émergé que dans les deux-trois dernières     années – « alors que l’industrie commençait à développer les coûteux anti-PCSK9 (proprotéine convertase subtilisine/kexine type 9) pour les patients     classés comme intolérants aux statines ».

 
Il est plus que probable que l’industrie a financé des travaux sur l’intolérance aux statines -- Pr Rory Collins
 

« Il est donc plus que probable que l’industrie a financé des travaux sur l’intolérance aux statines », estime-t-il. « Par exemple,    le rapport de l’European Atherosclerosis Society sur les symptômes musculaires associés     aux statines, a reçu des financements des fabricants d’anti-PCSK9, et a été supervisé par une entité commerciale financée par ces fabricants » [4].

Le Pr Collins souligne enfin que si les effets secondaires des statines ont des conséquences cardiovasculaires, celles-ci sont en fait prises en compte     dans l’évaluation du bénéfice des statines.

« Ce bénéfice dépend du risque d’athérosclérose chez un patient et de la réduction du LDL cholestérol. Mais en prévention secondaire, d’un traitement de 5     ans qui réduit le LDL de 2mmol/L chez 10.000 patients tout-venant, on peut espérer prévenir 1000 évènements cardiovasculaires majeurs. Dans ces mêmes     conditions, en prévention primaire, on peut attendre la prévention d’environ 500 évènements. Et le bénéfice augmente pour un traitement à vie ».

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