Etiquetage nutritionnel : une étiquette gagnante mais non obligatoire !

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

15 mars 2017

Paris, France — Actualisation : La comparaison des 4 systèmes d’étiquetage nutritionnel, qui s’est déroulée à l’automne dernier dans une soixantaine de supermarché de quatre régions françaises, a donc abouti au résultat attendu par tout le monde (et qu’aurait annoncé un enfant de 6 ans si on lui avait posé la question) : le système retenu est le Nutriscore, développé à partir des travaux du Pr Serge Hercberg (Inserm).
La comparaison de différents systèmes d’étiquetage avait été prévue par la loi (Loi de modernisation du système de santé du 26 janvier 2016, et décret du 19 juillet dernier). Elle s’est déroulée sous la houlette d’un comité scientifique, dont le Pr Hercberg a d’ailleurs démissionné (avec la nutritionniste Nicole Darmon) pour cause d’influence des lobbies industriels jugée exagérée.
Le dispositif aura donc permis à l’industrie de gagner un délai supplémentaire – qui n’est d’ailleurs pas arrivé à son terme, puisque si la loi rend la comparaison des étiquetages obligatoires, l’étiquetage, lui, reste facultatif. On a bien lu : l’obligation était de comparer des étiquettes, nullement de les apposer… En attendant une inversion du rapport de forces entre marché et santé publique, vous reprendrez bien une ration de junk food ? VB

Etiquetage nutritionnel : les petits pas d’une usine à gaz

Paris, France/ 20 septembre 2016 – Du 26 septembre au 4 décembre, les consommateurs faisant leurs courses alimentaires dans une soixantaine de supermarchés des régions Ile-de-France, Nord-Pas de Calais, Haute-Normandie et Auvergne, découvriront sur un certain nombre de produits – typiquement, la viennoiserie industrielle – une étiquette renseignant sur la valeur nutritionnelle de ce produit.

Formellement, l’opération vise à comparer quatre types d’étiquettes : deux étiquettes montrant des repères synthétiques, et deux autres plus analytiques et comportant des données chiffrées. Elle est supervisée par le Ministère de la santé, qui vient de tenir une conférence de presse pour le lancement de l’étude comparative [1].

Ce lancement intervient dans un contexte conflictuel, puisque l’un des deux systèmes synthétiques, le « Nutriscore » a été développé par Serge Hercberg
(Inserm), qui vient de démissionner du comité scientifique avec la nutritionniste Nicole Darmon (Inserm), jugeant les lobbies industriels trop influents dans le dispositif.

En faisant de l’échelle visuelle un usage un peu détournée, on peut effectivement mesurer ce poids des lobbies au fait que la couleur rouge attribuée au score E, le plus médiocre, a été supprimée, jugée trop dissuasive, au profit d’un marron qui se cherche un peu.

4 façons de mal noter la junk food pour réussir à la noter quand même

L’étiquetage nutritionnel est une vieille idée, sur laquelle Marisol Touraine semble maintenant mettre les bouchées double. L’évaluation des systèmes d’étiquetage a été décidée dans la loi de modernisation du système de santé du 26 janvier 2016, et le décret du 19 juillet dernier. Le comité scientifique chargé d’élaborer le protocole d’évaluation a été nommé en février. La comparaison des performances nutritionnelles de chacun des étiquetages commencera fin septembre, et s’achèvera dix semaines plus tard. Après quoi, « la première exploitation des résultats sera une affaire de quelques mois » a estimé le Président du comité, Noël Renaudin (Ancien président du Comité Economique des Produits de Santé). L’Anses prendra alors la décision de recommander l’étiquetage gagnant.

On a malgré tout l’impression d’une certaine coïncidence avec le calendrier électoral.

Attention : c’est bien l’évaluation qui est prévue par la loi, et non l’étiquetage en tant que tel qui, lui, est et restera non obligatoire - la plupart des participants à la conférence de presse ont d’ailleurs pris soin de réaffirmer ce point.

Comme c’est l’industriel qui aura le dernier mot, et qu’on ne sortira pas de ce cadre, l’opération « comparaison des étiquetages » a largement des allures de « com ». Il s’agit au fond de valoriser l’étiquetage en organisant une sorte de compétition entre différentes formules : le grand vainqueur n’en aura que plus de visibilité auprès des industriels, de la distribution, des associations de consommateurs, etc.

« La loi oblige à recommander », indique Benoît Vallet (Directeur général de la santé). « Il y a de très grandes chances que la forme d’étiquetage recommandée soit appliquée ». C’est un pari.

Les rayons ciblés

Il y a de très grandes chances que la forme d’étiquetage recommandée soit appliquée — Benoît Vallet

Pour le moment, une partie des industriels semblent jouer le jeu. Pour donner une idée des engagements actuels, 29 industriels et 3 distributeurs participent au projet, et les produits étiquetés fin septembre représenteront de 63 à 86% de l’ensemble des références dans les quatre rayons concernés. (L’étiquetage se fait bien sûr avec le double accord du fabricant et du distributeur. Ce sont d’ailleurs les données fournies par le fabricant qui sont « converties en étiquette » grâce à un logiciel conçut, lui, par l’Inra).

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